Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une

 

Raphaëlle Giordano

Cette écrivaine aujourd’hui reconnue et à la personnalité atypique a d’abord baigné dans le monde artistique (solide cursus en Arts Appliqués à Paris) et le coaching créatif, avant de devenir une spécialiste du développement personnel. C’est l’aspect « deux en un » qui a séduit les éditeurs de ce premier « roman » (en est-ce un ?), et j’imagine que les lecteurs qui en ont fait un succès y ont trouvé un véritable sens.

Moi, je suis passée à côté.

L'histoire :

Camille évolue comme toute jeune femme « apparemment bien dans sa vie » à l’approche de la quarantaine, entre son doux foyer composé d’un gentil mari et de leur jeune fils, Adrien, et son métier la rendant indépendante. Pas malheureuse, mais pas heureuse non plus, voilà son récent constat. Le destin met sur sa route l’extraordinaire Claude, routinologue à Paris, et sa méthode d’accompagnement quelque peu… originale pour remettre Camille sur la voie du bonheur.

Mon avis:

Un fond d’histoire contemporaine, une héroïne à laquelle chacun peut s’identifier, et le fil rouge de l’auteur : une philosophie de vie tournée vers l’humain et la quête de son bonheur. Au travers d’idées, de suggestions, aussi facilement réalisables qu’efficaces, les ingrédients sont intéressants, mais l’histoire (peut-on parler d’une intrigue ?), somme toute, d’une banalité affligeante.

Les aventures de Camille emportent néanmoins rapidement le lecteur qui se retrouve coaché avec elle par le surprenant Claude Dupontel et surtout intrigué par sa méthode énigmatique. On attend de voir.

À son bras, Camille se laisse guider, trop pragmatiquement à mon goût. Tous les petits déclics quotidiens provoqués par le professionnel en routinologie donnent peu à peu sens à sa vie, alors nous, lecteurs curieux en mal de solutions, ou devrais-je dire de courage pour se donner une chance d’être heureux avec peu, pensons pouvoir obtenir des réponses.

« Ne pensez-vous pas qu’il n’y a rien de pire que cette impression de passer à côté de sa vie faute d’avoir eu le courage de la modeler à l’image de ses désirs, faute d’être resté fidèle à ses valeurs profondes, à l’enfant qu’on était, à ses rêves ? »

Comme on le pense aussi et qu’on est bien d’accord avec Claude, on poursuit la lecture et on on souhaite en savoir davantage sur les « analphabètes du bonheur », « l’illettrisme émotionnel ». L’auteur suscite en nous une curiosité quant à la méthode qu’utilise Claude, mais qui nous laisse perplexes au fil des pages.

Lorsque Camille hésite, on la comprend. Lorsqu’elle fonce dans l’unique but de reconquérir ses rêves, on est avec elle. Lorsqu’elle se décourage, parce que la mise en pratique de certains conseils de Claude s’avère moins facile qu’il n’y paraît, on se dit que tout ça, c’est bien joli sur le papier, mais que c’est du pipeau ! « Un jour, j’irai vivre en Théorie, parce que en Théorie tout se passe bien… » Et lorsqu’elle finit par tirer de cette étonnante expérience les enseignements et précieuses leçons pour toucher le Graal, on s’interroge sur la subtilité et la crédibilité de tout ça.

 

C’est en réalité sur la position de Camille dans son foyer que Raphaëlle Giordano met le doigt. Sur son rôle de mère démissionnaire et de femme que l’on ne regarde plus. Sur ses questionnements, sa lassitude, « le constat d’une vie de couple insipide qui avait fini, tel un chewing-gum trop mâché, par perdre toute sa saveur… ». Sur ses rêves enfouis, sa résignation, ses contrariétés du quotidien, ses regains d’énergie, d’espoir…

Mais n’est-ce pas un peu rebattu ? Trop commun ?

 

Je suis donc très partagée sur ce livre.

D’abord parce que pour moi, on est loin du roman et qu’on a l’impression d’avoir été berné sur la forme. Ensuite parce que le tout devient trop vite prévisible, voire agaçant. Cette auto-analyse permanente devient lourde.

 

J’ai bien aimé :

- La lecture facile, une écriture pas désagréable.

- Découvrir les messages, les images, qui égrainent ce livre et nourrissent la méthode du routinologue pour mener Camille vers l’accomplissement final, pour faire de sa quête du bonheur un rendu possible pour chacun d’entre nous. OK, il y a de l’idée. Avoir choisi de traiter le sujet dans un roman envolé et tendre peut aider – à priori – le lecteur à y pénétrer. Les citations et les métaphores vont bon train. Perspicaces, elles agrémentent avec sens l’histoire.

« […] la vie, c’est comme une montgolfière. Pour aller plus haut, il faut savoir se délester et jeter par-dessus bord tout ce qui empêche de nous élever »

« Faire ce que tu aimes, c’est la liberté ; aimer ce que tu fais, c’est le bonheur »

« La vie est faite de pain noir et de pain blanc. Chacun doit l’accepter comme part entière des règles du jeu de l’existence ! Résister à cette réalité ne fait que renforcer le mal-être. »

« Le succès est la capacité d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme, disait Winston Churchill… »

« Le pardon ne fait pas oublier le passé, mais élargit le futur, disait Paul Boese »

- La courte histoire de la course organisée au royaume des grenouilles que Claude conte à Camille dans le dernier quart de son parcours nous livre aussi un beau message, intelligent et sensé. À retenir.

- Les clés distribuées au fil des pages et des étapes franchies par Camille pour ouvrir les portes de notre pleine conscience, notre confiance en soi, notre beauté intérieure… Mais ne savons-nous pas déjà tout ceci ?

- Le petit lexique lié à la routinologie à la fin du livre, bonne idée. L’on pourrait arracher les cinq dernières pages pour les plonger dans son sac à main ; à consulter en cas de doute, de pensée négative, de découragement, de coups de blues… Soit.

 

Je n’ai pas aimé :

-La façon dont l’auteur exploite le fond, version manuel pratique et méthodologique, au travers d’une forme peu adaptée : un alliage roman + « guide de développement personnel ». Pour moi, l’on doit choisir l’un ou l’autre, mais pas les deux en même temps ! Entre la couverture et le titre, le lecteur est roulé.

-Les longueurs, les redondances, le manque de rythme et donc de réelle portée.

-L’aspect « Mode d’emploi universel » du bonheur, avec ses instructions, ses paragraphes d’explications et de mises en applications… Non seulement tout ceci est un peu trop facile, mais cela retire à l’histoire sa légèreté, son versant romanesque, puisque c’est de cela qu’il devrait s’agir avant tout !

- L'absence cruelle de profondeur.

 

Je suis parfaitement incapable de dire si le « deux en un » dont parle Raphaëlle Giordano en présentant son opus – premier roman de surcroît – est réussi ou non, dans la mesure où c’est le premier ouvrage que je lis sur le développement personnel. Me serais-je trompée ? Mon avis n’est donc certainement pas éclairé sur le sujet. Je ne pense pas retourner vers cet auteur à l’avenir, car ce n’est pas ce que j’attends d’un roman « feel-good », et c’est pourtant bien comme ça qu’il est vendu.