Tu comprends que tu peux rester vivre à Maurice quand…

... tu réalises que le système administratif du pays s’apparente à la « Maison qui rend fou » !


Exemple IV


Précision indispensable pour ceux qui n’auraient pas vu Les douze travaux d’Astérix (1976) : la « Maison qui rend fou » est le cadre de l’une des épreuves parmi les douze imposées par Jules César (et arbitrées par Caius Pupus) aux soi-disant invincibles gaulois, en vue de prouver leur vulnérabilité. En effet, seuls les dieux pourraient accomplir lesdits travaux ; ça plante le décor !

Il s’agit tout simplement de récupérer, dans la fameuse bâtisse, le laissez-passer A38.

En France – comme ailleurs j’imagine –, bon nombre de requêtes administratives relèvent aujourd’hui du parcours du combattant, tant l’adage « Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué ? » traduit trop souvent les lourdeurs du système.

Ajoutons au parcours déjà complexe pour une simple démarche à effectuer auprès de la fonction publique : les employés qui brassent de l’air et pourraient faire économiser à l’État le budget « climatisation » ; ceux aussi grassement payés qu’exponentiellement incompétents ; les divers responsables et autres chefs de service qui ne servent à rien, qui dirigent sans en avoir les capacités, qui occupent le plus grand bureau sans savoir comment occuper leur temps ; les postes inutiles (pour planquer les ganaches et leurs salaires non justifiés) ou à l’inverse les emplois nécessaires mais inexistants… la tâche devient alors nerveusement ardue, vous en conviendrez !


Mon expérience de l’expatriation ayant démarré il y a deux ans à l’Île Maurice, je n’ai pas d’autre point de comparaison que mon pays d’origine. Soit ! Mais si en arrivant ici, j’étais convaincue que le pompon de la complexité bureaucratique revenait à la France, force est de constater aujourd’hui que Maurice représente tout de même une rude et légitime concurrence.

Et si en France, les difficultés inhérentes à l’obtention d’un quelconque document ou au règlement d’une cotisation ne se rencontrent principalement que dans la fonction publique, à Maurice, elles concernent bon nombre d’institutions, publiques et privées.

Le cheminement d’un expatrié pour devenir un résident mauricien est la première démonstration de patience à laquelle il se heurte. S’approprier la marche à suivre et les divers termes, sigles et acronymes en anglais (car le business world à Maurice n’a qu’une seule langue) n’est déjà pas simple, mais cumuler les appels téléphoniques pour les renseignements nécessaires et les prises de rendez-vous auprès du BOI (Board of Investment), aujourd’hui devenu l’EDB (Economic Development Board) à Port-Louis, et se faire comprendre en créole, peut relever du véritable défi.

Si je vous dis que vous pouvez composer trois fois de suite le même numéro, poser la même question aux trois interlocuteurs différents que vous aurez eus à quelques minutes d’intervalle et… obtenir trois réponses totalement discordantes, vous me croyez ?

Aucun site en ligne n’étant en mesure de délivrer une information claire et mise à jour, le téléphone reste encore l’outil le plus efficace, à condition que l’agent administratif au bout du fil se donne la peine de s’intéresser à votre problème, ou encore ne réponde que si – et seulement si – il connaît la réponse. Et je peux vous dire que ledit exercice téléphonique est une source de tracas dans tous les domaines à Maurice ! Appelez un standard d’établissement scolaire, par exemple, ou même hospitalier, pour obtenir une simple information ou une marche à suivre, que sais-je, et vous constaterez au bout de quelques coups de fil que c’est à vous de choisir la réponse la plus probable – qui n’est pas toujours la plus satisfaisante.

Bienvenue dans Qui veut gagner des millions, mais sans les millions ! En résumé, vous n’êtes pas près de mettre la main sur le laissez-passer A38.

Dans le processus d’obtention du permis de résidence et compte tenu du fait qu’on espère grandement avoir bien tout compris, on réunit dans les délais les documents et justificatifs demandés, ainsi que les résultats d’analyses médicales, et on porte tout ça devant un gentil expert (la spécialité du pays) qui officie parmi une foultitude de gentils experts (ils sont nombreux, vu que c’est la spécialité du pays) et qui mettra trente bonnes minutes – minimum – pour vérifier que tout y est.

L’EDB est logé dans un grand bâtiment que l’on ne remarque pourtant pas, planté au bord d’une rue tout en pente et dangereusement glissante lorsque les pluies torrentielles s’abattent sur l’île, ses accotements très étroits empêchent de surcroît de se croiser à deux. Un grand escalier qui démarre du trottoir mène au hall principal qui grouille de monde. Des files d’attente se dressent devant les premiers guichets dont je n’ai jamais compris la fonction exacte. Une succession de petites cabines vitrées renferment des employés au regard vitreux attendant le citoyen. Deux ascenseurs jouent du vérin en continu pour desservir les nombreux bureaux répartis sur huit étages, me semble-t-il, et ouvrent et ferment leurs portes sur un « préposé aux ascenseurs » devenu neurasthénique à force de passer ses journées assis et enfermé pour appuyer sur les boutons et compter le nombre de personnes qui montent et qui descendent, pendant que lui aussi monte, descend, monte, descend… j’en ai la nausée.

Tiens, un futur post sur les drôles d’emplois à Maurice s’impose !

Au quatrième étage, se trouvent entre autres les services des passeports, de l’immigration, des permis de travail et de résidence. Une fois calé le rendez-vous du dépôt du dossier, on se hâte donc dans une grande salle conçue en open space et on visse nos fessiers sur des chaises molletonnées attachées les unes aux autres, pour attendre. Parce que finalement, ici, c’est ce que l’on fait de mieux, attendre ! Face à nous, des costumes-cravates imperturbables enchaînent les examens des dossiers des étrangers visant l’eldorado de l’Océan Indien.

Un signe discret de la tête (on a plutôt intérêt à regarder le type au bon moment) et hop, c’est à nous.

Et que je te retire les trombones, que je te pose les documents à droite, que je lève le menton vers toi qui joues à faire craquer tes phalanges entre tes cuisses, et que je te regarde à nouveau les papelards avec l’œil du gars qui ne maîtrise pas encore totalement l’excès de zèle. Et que je te compte, recompte, re-recompte les photocopies en triple et quadruple exemplaire, que je te remets tout ça à gauche, que je te fais tomber pour la deuxième fois les photos d’identité, que je te les ramasse sans sourciller, et que je te replace les trombones, que je t’agrafe le chèque (que tu as mis deux heures à retirer dans ta banque mauricienne parce qu’il était « prêt », mais pas visé, signé, validé, apostillé par une bonne demi-douzaine de chefs et sous-chefs qui ont défilé sous ton nez à ce moment-là ), et que je te confirme du bout des lèvres que tou korek et que le dossier peut partir à l’étude !

Quel délicieux moment !

Bon, dans le meilleur des cas, les précieux Occupation permit et Dependant permit (pour le conjoint) peuvent être obtenus en moins de deux semaines ; ne soyons pas trop acerbes. Mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas, et certains ici ont collectionné les rendez-vous à l’EDB, les reports de rendez-vous à l’EDB, les annonces de retard dans la procédure, les non-annonces de retard dans la procédure, les demandes de documents complémentaires… Un casse-tête !

En plus, en général, ce que l’on dépose dans un endroit, est à récupérer dans un autre, et si besoin est de revenir pour le suivi, c’est encore ailleurs que ça se passe.

À vous rendre fou !

Pour l’acquisition du laissez-passer A38, n’oublions pas qu’il faut d’abord passer par le guichet 1 au rez-de-chaussée, en consultant au préalable le plan qui se trouve au sixième étage. Mais comme c’est en réalité le guichet 2 qui vous aidera, et que celui-ci, personne ne sait où il se trouve, c’est pas gagné ! Par Jupiter, vous finissez par tomber dessus, couloir B au troisième étage, mais ce que vous n’aviez pas anticipé, c’est la nécessité du formulaire bleu pour retirer le laissez-passer A38. À moins que ce soit le formulaire rose, récupérable au guichet 12 du deuxième étage… à ce stade, on ne sait plus trop, en fait !

Retrouvez l'extrait ci-dessous ; perso, je ne m'en lasse pas !

Et je ne développe même pas les procédés liés à la demande d’un Resident permit pour les retraités, d’un Work permit pour les audacieux, ou au dossier à constituer pour obtenir le statut de Self employed !

Pour ma part, le renouvellement de mon visa touristique, avant d’obtenir la résidence mauricienne, fut aussi un grand moment. Je me souviens de mes deux visites au premier étage de ce même bâtiment et de la petite salle aux chaises (cette fois-ci en plastique) alignées devant un bureau aussi fatigué que les murs. Comme la première fois c’est un souci sur le billet d’avion retour qui a bloqué mon affaire, j’ai dû revenir. Je me suis alors retrouvée derrière une dizaine de Bangladeshis qui attendaient eux aussi le fameux tampon sur le passeport. J’ai donc visité les toilettes (deux fois), compté les carreaux de la pièce (trois fois), le nombre de chaises (huit fois), les mouvements de l’aiguille des secondes sur la pendule (un nombre incalculable de fois), parce que 15 : 00 approchait et qu’à 15 : 00 le guichet fermait.

Heureusement, la dame derrière le bureau était adorable et c’est tout sourire que je suis repartie – à 15 : 01 – avec mon joli cachet.

Ah ! L’administration mauricienne ! Que du bonheur !

Vous savez quoi, je m’arrête là pour aujourd’hui et ferai donc une seconde partie à ce post, car mes doigts ne s’arrêtent plus de courir sur le clavier et ont encore beaucoup trop de choses à écrire.

La prochaine fois, je vous emmène dans les banques mauriciennes et autres institutions locales ; vous verrez que là non plus ce n’est pas triste !




57 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout
cartes postales dans un carton

Pour que les posts viennent à vous.

Merci, et à bientôt !