Tu comprends que tu peux rester vivre à Maurice quand...

... tu parviens à ajuster ta tolérance auditive sur la fréquence hurlante des décibels propulsés partout et en permanence.


Exemple II


À Moris, la musik fait partie intégrante de la vie des habitants. Omniprésente donc, jusque-là, dakor bonom, mais sori (ça veut dire désolé) : pourquoi à tue-tête ? Non pas que je ne sois pas mélomane, bien au contraire, mais force est de constater que la plupart du temps, c’est un tel concours de décibels qu’il transforme une sympathique sortie shopping au sant komersial (celui-là, j’adore !) en blind test musical, ou plutôt en mélodieux brouhaha qui te colle systématiquement la migraine. D’une boutique à l’autre, chacun sa chanson, chacun son bruit, y compris dans la galerie principale qui nous met aussi son concert privé, histoire de brouiller les pistes à chaque sortie de magasin. Tu ne t'entends plus réfléchir et ta boîte à penser est une véritable table de mixage. David Guetta n'a qu'à bien se tenir ; la concurrence est rude ! Ce festival du boucan n'a finalement peut-être qu'un seul but : tester tes capacités de résistance et ta durée de vie dans une galerie marchande mauricienne. Cela dit, même topo dans les petits et moyens commerces indiens, chinois, arabes égrainant les rues commerçantes et les passages couverts urbains. Si après cette épreuve du shopping digne de l'une de Fort Boyard où il s'agirait de faire craquer ton adversaire en lui dispensant barouf d'enfer et autres éclats de sonorités en tout genre tu parviens encore à rentrer chez toi avec... des emplettes, tu peux être fier d’avoir intégré le clan des zorey bionik !


Idem dans les voitures, petits bolides aux ailerons flamboyants, à la peinture métallisée et aux coloris improbables, aux pots d’échappement aussi fracassants que polluants, aux énormes enceintes qui remplissent des coffres minuscules... Faut que ça pète, que ça crache, que ça hurle et que ça vibre ! À en faire trembler toutes les vitres, y compris celles de tes lunettes !

Vive le tuning et le son ! Vive la jeunesse mauricienne et les ORL ! Oui, parce qu'une chose est certaine : sa bann dokter-la (ces médecins-là) ne sont pas près de perdre leur emploi !

Mais le mieux pour écouter de la musique – même (surtout) celle que tu n’as pas choisie – c’est tout de même à la plage ! Ah ! les dimanches à la plage… juste toi, le soleil, ton roman (ou le mien) et le bruit des vagues ! Attends, je rembobine… juste toi, le soleil, mon roman et le bruit… de la musique de tes adorables voisins. Parce qu’ici, bat enn ti sega lor laplaz piblik (improviser un petit séga sur la plage publique), c’est le sport national ! Et pour l’étranger, touriste ou résident, c’est un spectacle authentique, comique et délicieux.

Les familles mauriciennes s’installent généralement dès le vendredi soir avec barbecues, glacières, tables, chaises, bouteilles de rhum et bières en nombre, zanfan, tizanfan, granper, granmer, kouzin, kouzinn… et tentes (les autres) pour abriter tout ça. Puis, transistors, enceintes et hauts parleurs à la qualité acoustique époustouflante sont mis en marche. Autant dire que ça dépote, mon pote ! Et si tu souhaites te familiariser avec la culture locale et faire comme eux, mais que… zut ! pas habitué, t’as juste oublié le principal, pas de panique, les postes radio de tes voisins te tiendront compagnie et rempliront le même rôle. Profite, tu n'as qu'à tendre l'oreille, à gauche ou à droite, c'est toi qui choisis ! Tu peux trouver sur les plages des dizaines de familles en campement à l’ombre des filaos ou des pie koko (cocotiers)… et autant d’influences musicales différentes. Un élément, pourtant, reste le même : le volume qui lui est à fond !

Quid de chez toi ? Eh bien, c’est simple : quand arrive le vendredi soir, ou tu files au ciné et tu enchaînes deux séances (et tu fais la même chose le lendemain !), ou tu décides de pran enn drink, enn ti gajak (prendre un verre, l'apéritif), chanter et te déhancher avec tes voisins en attendant patiemment le dimanche soir. Si dans ton petit appartement tranquille en France, il t’est arrivé de rouspéter après ton voisin à propos du volume sonore de sa télévision parce que le générique des Feux de l’amour couvrait le hennissement des zèbres de Tanzanie du reportage sur Arte, dis-toi qu’ici, c’est avec la moitié de la population que tu te fâcherais pour avoir un semblant de tranquillité les weekends !

La mission est impossible, c’est culturel, j’te dis !

Ainsi, que tu sois en appartement, en villa, en centre-ville ou en bord de mer, si tes voisins sont mauriciens, tes choix musicaux le seront aussi. Mais allons jusqu’au bout et restons honnête, si tes voisins sont mauriciens, justement, ça veut aussi dire qu’ils sont adorables et cordiaux. Alors, enn bon ti sega, ça réveille l’improbable danseur qui est en toi, et ça fait du bien !

Allez, quoi, c'est le weekend, bouge ton corps !


À noter cependant, si le son des tambourins en peau de cabri (les ravannes) ou l’accordéon (très usité dans le séga) ne te font pas frissonner, il te reste une bien agréable consolation, à condition bien sûr d’être aussi fan que moi de la chanson française. Car ici, vrai de vrai, on fait la part belle à tous nos artistes depuis longtemps rangés au placard en leur offrant une seconde vie.

C’est ainsi – entre autres – que l’autre jour chez le caviste, c’est Mireille Mathieu qui m’a aidée à dégoter la bonne bouteille, tandis que chez mon coiffeur, les ciseaux s’agitent généralement en rythme sur Dave ou feu Christophe ou feu Michel Delpech* ! Je me souviens, en faisant mes courses pour la première fois au supermarché de Grand-Baie, m'être retrouvée au rayon fruits et légumes, stoppée net par la voix juste et profonde de Nicole Croisille* qui invitait dans le micro tous les clients à lui téléphoner. C'est sûr que depuis le temps que personne ne l'a vue ni entendue, elle peut se sentir bien seule, Nicole. Eh bien je lui ai rétorqué Téléphone-moi dans ma voiture, durant tout le trajet retour, un sourire béat sur le visage traduisant une grande satisfaction d'entendre des mélodies injustement oubliées. Na !


Franchement, quelle est votre chance à vous de redécouvrir les vieux standards de la chanson française en achetant des saucisses de poulet (ça surprend, mais on s'y fait) ou de la lessive, hein ? Aucune, on est bien d’accord !

Alors moi et mes goûts musicaux douteux, ben on dit : Mersi Moris !


* Je vous ai mis deux petites chansonnettes dans ma discothèque (désolée, impossible de créer un foutu lien depuis un post !)







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