Tu comprends que tu peux rester vivre à Maurice quand...

... tu sais manier le volant comme un parfait Mauricien !


Exemple III


Ah ! La conduite à Maurice ! Cette expérience unique qui te surprend dès ton arrivée… et encore longtemps après ! J’ai visité beaucoup de pays dans le Monde ; foulé toutes sortes de tarmacs ; emprunté divers routes et chemins, cartes en poche (avant l’arrivée du GPS) et GPS à l’écran (après la disparition des cartes) ; roulé sur des enrobés qui se dérobaient, des revêtements improbables, des voies d’accès tortueuses, des bitumes asiatiques, des pistes africaines ; me suis retrouvée à l’arrière de taxis, vans et autres bus traversant des villes grouillantes et bruyantes où j’assistais à chaque fois au même miracle : celui de constater – la peur au bide – que ça passait, ça se croisait, ça se faufilait… celui de devoir reconnaître que tous ces chauffeurs du Monde pourraient aisément s’inscrire sur la liste des chauffeurs de l’extrême ! Durant la traversée de Nairobi, j’ai bien dû perdre deux litres de flotte, durant celle d’Istanbul, du Caire, d’Athènes, entre autres, je me suis demandée à quoi pouvaient bien servir tous ces feux tricolores pourtant en état de marche puisque personne n’y prêtait la moindre attention. À Rome, côté passager, j’ai frôlé claquages, déplacements de vertèbres et extinctions de voix, tant je me suis frénétiquement contorsionnée en hurlant : les bolides arrivant de partout sans prévenir. Dans toutes ces villes embouteillées du matin au soir, j'ai transpiré, hurlé, patienté... Au Sri Lanka, à Bali, en Chine, c’est avec les deux-roues qu’il a fallu composer, car ils sont presque plus nombreux que les automobiles. Les tuk-tuks, rickshaws, vélos, mobylettes, mototaxis, cyclo-pousses et autres carrioles déferlent et vous frôlent dangereusement à une vitesse que l’on ne pense même pas possible sur ce type d’engin. Mieux vaut avoir le cœur et les poumons bien accrochés !

Au fil des ans, j’ai aussi découvert les rudiments de la conduite insulaire, souvent plus spectaculaire encore, parce qu’en sus de constater avec effroi que plus le territoire est petit, plus le nombre de voitures (customisées, de surcroît) est important, les règles de la conduite et l’application du code de la route sur une île sont… des notions aussi spécifiques que vagues pour les autochtones


Je ne comparerai – bien heureusement – la conduite à Maurice à aucune des précédentes évoquées ; rassurez-vous, je ne risque pas ma vie (ou presque) à chaque fois que je m’installe au volant. Mais je dois bien reconnaître qu’un certain nombre de pratiques locales doivent être rapidement intégrées pour une meilleure acclimatation routière.

Le conducteur mauricien est d’abord d’une extrême impatience. Je ne sais même pas s’il s’en rend compte, tant il agit mécaniquement dès lors qu’il ne se trouve pas en pole position. Ici, on apprend à se servir de tous les rétroviseurs en leur prêtant volontiers une utilité vitale. C’est donc en levant les yeux vers le petit miroir intérieur que l’on découvre que la voiture qui nous suit est, comment dire, accrochée par on ne sait quel miracle à la vôtre ! Le chauffeur se trouve presque dans votre coffre, et je peux vous dire qu’au départ, cela surprend ! Ledit chauffeur de ladite voiture opte toujours pour la même position : sa main gauche est sur le volant, sa droite est posée sur le rebord de la vitre ouverte (il faut dire que la majorité des kachak-charli (tacots) locaux n’ont pas la clim) et son visage effectue des mouvements convulsifs et désarticulés de gauche à droite, visant tour à tour votre pare-brise arrière – d’ailleurs suffisamment près pour que puisse être compté le nombre de magazines posés sur la plage – et la voie de droite pour jauger approximativement (c’est bien le terme) la présence d’autres automobiles face à lui. Une seule préoccupation : doubler ! Je ne pense pas que le Mauricien soit plus pressé qu’un autre (la ponctualité ici n'est pas la caractéristique première), mais suis certaine par contre qu’il ne supporte pas d’être derrière. La vitesse étant un sport national sur les îles en général, le conducteur local a vite fait de se retrouver à votre cul, et aussi vite fait d’en disparaître. Sur la route, je ne suis pas un escargot et roule en respectant les vitesses, mais force est de constater aujourd’hui que je dois bien être la seule. Bon, je vous l’accorde, à 60km/h sur la majorité des routes, on a l’impression de se traîner, mais je vous confirme, les mauriciens n’ont jamais eu l’intention de respecter les limitations. Ici, on ne traîne pas derrière, on double, point ! Dans le meilleur des scénarios, la règle de base pour un dépassement est respectée et la voie d’en face est bien dégagée. Mais il existe ici une autre règle bien établie consistant à doubler en se disant que si quelqu’un arrive en face, il ralentira, puis se rangera pour nous laisser passer. Et c’est à grands coups d’appels de phares que chacun est prévenu pour ce faire. Vous noterez que si en France les appels de phares s’adressent plutôt aux inconscients du volant pour leur notifier le danger qu’ils représentent, à Maurice, ils sont utilisés pour prévenir qu’on arrive et qu’on passera, coûte que coûte. Roulant tranquillement sur notre voie et dans une telle situation, on est donc contraints de freiner, se pousser et serrer les dents pendant quelques secondes, au moment où l’on se retrouve à trois sur une deux voies !


Les phares veulent donc dire : « Pousse toi que je passe », mais aussi et paradoxalement en d’autres circonstances : « vas-y mon gars, à toi l’honneur », car aussi surprenant que cela puisse paraître, le Mauricien au volant est un gentil, un courtois, qui n’hésite pas face à toi au milieu d’un croisement à interrompre la circulation et s’agiter sur le commutateur d’éclairage pour t’inviter expressément à tourner à droite.

Un autre accessoire est absolument in-dis-pen-sable ici : le klaxon. Et il a plusieurs utilités.

Un peu de la même façon, il sert à indiquer la priorité, même si celle-ci est logiquement induite dès lors que l’on se trouve sur une route principale. Exemple : un chemin déboule sur la gauche (l’exemple est valable pour la droite, aussi), et une voiture s'y trouvant et faisant abstraction totale du « Cédez-le passage » ou même du « Stop » est sur le point de s’engager au moment où l’on arrive… Et bien, croyez-le ou non, c’est au premier qui klaxonne ! Si au départ je pestais de me faire claironner et couper la route à tout-va, à présent, dès qu’un museau métallisé pointe le bout de son nez, j’actionne ma trompette pour m’assurer d’avoir été entendue (à défaut d’avoir été vue !), et je poursuis mon chemin. Question de rapidité sur le buzzer !

L'avertisseur sonore sert aussi aux taxis qui, toute la journée où qu’ils se trouvent, font sursauter les piétons sur les trottoirs ; car ici, ce n’est pas vous qui hélez le taxi, mais le taxi qui vous hèle.

Enfin, imaginez une file de voiture arrêtées à un feu rouge… qui finit par passer au vert. Eh bien immédiatement – je veux dire quasi simultanément (si, si !) –, à l’instant précis où le pylône crache sa Valda, le Mauricien derrière vous dégaine son clairon ! Automatiquement, instantanément. C’est à croire que celui-ci est directement relié au spot. J’ai donc appris à démarrer en moins de deux secondes, pour ne pas réveiller un concert d’excités derrière moi.

Le conducteur mauricien s’arrête là où ça lui chante de s’arrêter ! Pas sur un parking, un bas-côté, un emplacement prévu à cet effet ou suffisant pour s’y parquer, non, non ! Il se gare sur la route, sous votre nez, exactement là où il a besoin – ou envie –, là où il se trouve, et là où vous vous trouvez vous aussi, accessoirement. Pourquoi donc ? Pour être au plus près de l’adresse de destination, bien sûr ! Ou bien pour attendre tranquillement la personne qui doit le rejoindre ; notons que cela peut durer longtemps. Ou encore pile devant le vendeur d’ananas, de patates ou de fajatas installé au bord de la route, pour faire son petit marché. Si au départ, on excuse tous ces conducteurs qui pilent et s’immobilisent n’importe où, sans même se donner la peine d’actionner le clignotant ou les warnings, parce que l’on sait qu’il y a très peu – voire pas du tout – d’accotements sur les voies (la gestion de l’urbanisme à Maurice reste un grand mystère), on réalise très vite qu’il n’y a pourtant aucun rapport entre les deux. Car bien souvent, il suffit de rouler quelques mètres supplémentaires pour trouver à se ranger et ne pas (ou moins) gêner. De ce fait, on assiste souvent à des situations invraisemblables comme deux voitures stationnées chacune de son côté et presque en face l’une de l’autre, créant un serpentin de véhicules coincés dans les deux sens et condamnés à attendre que le dépassement des obstacles soit possible, chacun à son tour. Alors, en gentil automobiliste que l’on est, on patiente, on sourit, on reste courtois et, dès que l’on peut (pour ne pas y passer la nuit, quand même), on déboîte en se prenant pour Delf64 sur sa moto lors de l’épreuve du plateau. Maîtrise et dextérité !

Bon, si je ne veux pas que le présent post atteigne un record non pas en nombre de followers, mais en nombre de mots, je vais devoir écourter.

Allez, pour la route (admirez le jeu de mots !), je vous ajoute quelques détails en vrac tout aussi représentatifs du présent sujet.


La conduite à gauche (et le volant à droite, donc) ; les ronds-points sur l’autoroute qui vous font passer de 110km/h à 40km/h en une fraction de secondes (Vive l'automatique !) ; l’inutilité des panneaux de limitation de vitesse, des bandes blanches continues, des passages cloutés ; le trafic insupportable aux heures de pointe (c’est-à-dire entre 8 h 00 et 10 h 00 et de 15 h 00 à 19 h 00 pour Port-Louis) et ses dizaines de kilomètres d’embouteillages ; la pollution indescriptible émanant du cul des bus et des camions qui transforment instantanément à chaque accélération le gentil piéton, cycliste, motocycliste en ramoneur ; les zones de travaux perpétuels avec le gars qui tourne son panneau « Stop » pendant que son copain arbore le « Go » cinq-cents mètres plus loin avec une coordination parfois arbitraire pour nous faire circuler sur une voie ; les fameuses "diversions" (traduisons "déviations") aiguillant l'automobiliste qui se trouve subitement sur un morceau de route fermée pour travaux ; les bouchons à l’entrée des ronds-points ou dans les intersections parce qu’un policier armé d’un petit excès de zèle y fait la circulation et décide tout seul de qui qui passe et qui qui passe pas ; le danger incommensurable que représentent les chiens, les vélos et les piétons sur l’autoroute (oui, oui, l'autoroute); l’état des routes moins touristiques rappelant Beyrouth après les bombes ; les trottoirs inexistants obligeant les pauvres marcheurs et écoliers à partager la chaussée avec camions, vans, cars, voitures, vélos, mobylettes (qui ont approximativement la même vitesse que les vélos, le bruit et l'odeur d'essence en plus), et j’en passe…

Vous l’aurez compris, la conduite mauricienne n’est pas une sinécure, mais elle fait partie intégrante du mode de vie local, et comme de mon côté j’adore conduire, eh bien je m’éclate !

Un petit conseil tout de même, pour les européens irritables : embarquez avec vous une bonne dose de patience et prévoyez large dans le timing ; un trajet proposé en trente minutes peut facilement prendre le double de temps.

Bann kamarad, pa kas la tet, ou pou arrive !

(Ne vous en faites pas, les amis, vous arriverez toujours !)

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