Le petit glossaire des jobs...

Deuxième partie.


Poursuivons notre petit tour d’horizon de ces jobs caractéristiques de Maurice – comme de tant d’autres destinations en Afrique et ailleurs – et si loin de notre organisation européenne.


- Agent de la circulation :

Tout le monde connaît ce métier exaltant qui consiste à réguler et diriger le trafic dans des zones définies comme devant les écoles par exemple, pour rappeler aux conducteurs amnésiques de s’arrêter devant les passages cloutés. Ce sont des policiers consacrant leur journée à la sécurité de nos progénitures, le sifflet entre les dents, le sourire dans la poche, les bras transformés en pales de ventilateur et les sourcils en pancarte « Stop ». Ici, ces agents sont aussi postés devant les écoles, mais leurs fonctions s’étendent aux ronds-points et tous types d’intersections partout sur l’île aux heures de pointe. Il faut imaginer l’effet combiné de kilomètres de bouchons aux entrées et sorties des grandes villes (Port-Louis, Rose-Hill, Phoenix, Curepipe…) à certaines heures de la journée et la conduite si atypique des mauriciens, pour comprendre la nécessité de ces innombrables régulateurs de l’impossible.

Ainsi, chaque usager doit faire fi du feu vert si une main lasse se lève sous son nez pour le faire stopper, comprend plusieurs centaines de mètres avant un rond-point qu’un agent aura paralysé la circulation en son sein pour décider de « qui qui passe » et « qui qui passe pas », obtempère avec soulagement à un carrefour où la notion de priorité est toujours très approximative, soulagé qu’un gentil policier décide de servir de feu tricolore pour fluidifier le passage. Il ne faut cependant pas ici s’endormir sur ses lauriers, parce que si le monsieur fait subitement signe de passer en agitant nerveusement la main, on a plutôt intérêt à être réactif. Et hop, aussi soudainement, il peut vous couper dans votre élan à l’entrée d’un rond-point et vous faire piler s’il a décidé que vous serez le premier « qui passera pas ». Et comme l’immobilisation peut durer un sacré moment, la patience est votre meilleure alliée au quotidien, je ne cesserai jamais de le répéter. Je sais maintenant décoder les gesticulations blasées de ces héros des routes, mais peux vous dire qu’au départ, elles n’étaient pas frappantes. On ne saisit pas toujours sans une certaine pratique à qui s’adresse exactement ce geste de la main semblable à celui du médecin qui actionne la poire du tensiomètre, mais sans l’appareil. Le concert de klaxons à vos fesses vous indique alors dans la seconde (Si, si !) qu’il faut bouger de là, et vite !

- Nettoyeur de plage :

L’on compte 126 plages publiques sur l’île couvrant 26 km seulement sur les 350 km de littoral. Un grand nombre de celles-ci ont en effet été « privatisées » par les hôtels qui paient un bail à l’État, mais restent néanmoins, selon la loi, accessibles à tous sur une zone bien définie se situant entre la marque de la marée haute sur la plage et l’horizon.

Le personnel qui s’affaire quotidiennement au nettoyage des plages publiques dépend de la Beach Authority (BA), une institution paraétatique chargée de la maintenance, l’aménagement et l’entretien du rivage public, ainsi que du respect de la réglementation régissant son utilisation. La BA soustraite néanmoins chaque année le poste « nettoyage » auprès de prestataires extérieurs dont l’efficacité des services est régulièrement très critiquée.

Quel que soit l’intervenant dans la tâche, le constat est édifiant, je dirais même de pire en pire : les plages restent sales et indignement polluées ! Les touristes en semaine, les mauriciens en camping les weekends, souillent les littoraux de déchets en tout genre ; plastiques, papiers gras, métal, verre et autres ordures ménagères. Quelle tristesse que cette dure réalité ! La culture de l’écologie et de la préservation de l’environnement a ici encore énormément de chemin à faire, et les campagnes de sensibilisation glissent sur les esprits locaux comme une pluie tropicale sur une toile cirée.

Les nettoyeurs, reconnaissables à leurs gilets orange fluo et équipés de courts balais coco, de râteaux et pelles archaïques, de sacs de toile gonflés à bloc et posés çà et là aux pieds des arbres, sont donc bien présents chaque jour sous les filaos pour racler et rassembler feuilles et épines, et sur les plages à marée basse pour les débarrasser de leurs monticules d’algues. Mais ils ne seront jamais choqués par les déchets jonchant le sol, restes de pique-niques et de beuveries, déplacés par les vents jusqu’à plusieurs centaines de mètres parfois. Jamais interloqués par les amas d’ordures présents à quelques mètres des poubelles pourtant partout présentes. Et très difficilement investis dans le simple geste de ramasser pour rendre à l’endroit un semblant de propreté ! N’oublions pas, tout de même, que ces employés travaillent toute la semaine sur les sites qu’ils investiront le weekend en famille avec leur campement, et que, de surcroît, leur fonction consiste à effectuer une tâche pour laquelle ils sont rémunérés, contrairement à tous les bénévoles, indépendants ou membres d’associations locales écologiques qui œuvrent sans relâche pour tenter de libérer l’île de sa pollution et de l’image "touristiquement" néfaste qu’elle renvoie au Monde.


- Stop / Go :

Ici, les travaux de voiries font partie intégrante du paysage. Aucun déplacement par la route ne peut être envisagé sans compter sur une work in progress zone (zone de travaux en cours) ou une diversion (déviation), quand elles sont indiquées ! En plus de l’aspect épique dont vos trajets s’accompagnent sur l’île (voir mon post sur la conduite à Maurice), ils peuvent aussi être sensiblement rallongés, voire stoppés un petit bout de temps, entre tractopelles, camions bennes, marteaux piqueurs, ouvriers casqués, non casqués, équipés, non équipés… et les fameux préposés au « Stop » et au « Go » qui sont chargés, eux, exclusivement de la circulation des véhicules sur une seule voie. C’est certainement l’une des scènes les plus cocasses du pays. Quel bon en arrière au regard des moyens techniques qui existent ailleurs pour réguler le trafic lors de travaux sur nos routes ! J’ai bien croisé ici quelques feux de chantier, mais j’imagine qu’ils sont en nombre bien insuffisant pour couvrir tous les projets de voirie. Alors, pour remplacer l’avertisseur clignotant-fixe-clignotant-fixe… deux petits gars postés à chaque extrémité du chantier, cuisent au soleil, le regard dans le vague, la fatigue au corps, et tournent inlassablement le panneau vert « Go » et le rouge « Stop » en tentant visuellement de se coordonner entre eux. Ils sont parfois si loin l’un de l’autre qu’il arrive ce qui m’est arrivé avant-hier juste avant le croisement de Pointe des Lascars où officiait une bonne dizaine d’ouvriers autour d’un énorme camion déversant le goudron sur une moitié de la route. La file de voitures face à moi avait manifestement reçu la même injonction verte de passer que ma file à moi. Une dangereuse mêlée au rugby ! Le temps de réaliser qu’il n’était pas normal de nous voir tous avancer – mais pas dans la même direction – sur une seule et même piste, un léger (parce qu’il en faut plus pour déstabiliser un travailleur mauricien) vent de panique s’est levé au sein de l’équipe de gilets jaunes et il a été gentiment rappelé à l’un des préposés les règles élémentaires de la manipulation du panneau et sa responsabilité dans celle-ci. Après quelques manœuvres folkloriques, ceux qui pouvaient encore se rabattre ont permis aux autres de se faufiler et tout s’est arrangé dans le calme. Pas simple, donc, le bal des « Stop » and « Go », d’autant que la réactivité des chorégraphes est souvent apathique. Je n’ai d’ailleurs jamais vraiment déterminé lequel dudit tourneur ou de son panneau soutenait l’autre. Une chose est certaine, cependant : ils rendent volontiers le sourire que vous leur allouez en passant, et rien que ça fait oublier le contretemps.

Si vous n’avez pas encore lu mon post sur la grande aventure de la conduite à Maurice, faites-le, il vous réserve quelques pépites !


Je vous retrouve d’ici quelques jours pour la troisième et dernière partie de l’article dans lequel trois autres jobs vous seront décrits.


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