Le petit glossaire de ces boulots qui illustrent si bien Maurice !

Première partie.


L’Île Maurice, petit morceau de terre au cœur de l’Océan Indien, vit avec son temps ! Le pays se développe au gré de l’innovation numérique, de l’évolution des technologies émergentes, pour tendre vers un devenir entièrement connecté. Déjà fibrée, l’île verra bientôt l’arrivée de la 5G qui concourra grandement — entre autres – au développement du réseau d’investisseurs étrangers qui s’implantent ici depuis des années, des startups locales, cybercités et autres centres d’appels à vocation internationale. Pour ces projets d’envergure, beaucoup de moyens et d’ambition sont déployés par le gouvernement.

Tout ça pour dire que le territoire insulaire déjà très ouvert au Monde avec sa mixité de population se veut être un lieu de résidence à la qualité de vie sans pareille pour de nombreux européens, ainsi qu’une porte technologique, économique et financière sur l’Afrique et l’Asie.


Mais l’Île Maurice, géographiquement rattachée au continent africain, était il y a peu encore un pays en voie de développement. Le train du progrès et de l’expansion numérique, modèle de croissance économique choisi par l’état, laisse forcément une partie de la nation sur le quai. Le taux de chômage est important et le niveau de pauvreté en constante progression. Faire face au quotidien difficile est alors une gageure pour une grande partie des mauriciens, ceux qui ne peuvent prétendre aux postes dans l’administration, l’informatique, les technologies nouvelles, l’éducation… Ceux qui n’ont aucune formation particulière ou qui ne sont pas nés avec terrains et biens hérités des grandes familles mauriciennes.


Je ne ferai ni discours politique ni étude économico-sociale ; non seulement ma ligne éditoriale n’est pas celle-ci, mais je n’ai de surcroît pas la prétention de pouvoir analyser ladite situation. Je ne rentrerai pas non plus dans les détails du désastre professionnel que la COVID a initialisé il y a maintenant neuf mois, privant le secteur du tourisme de ses clients et donc directement de ses emplois dans l’hôtellerie et la restauration.

Je plante juste finalement un décor réaliste en introduction au sujet du jour : ces métiers qui définissent si bien l’Île Maurice, terre de contrastes et d’inégalités sociales. Dans cette petite liste non exhaustive, nous trouverons des métiers plus « prestigieux », plus méritants que d’autres, mais un point commun les relie pourtant. Non pas qu'ils n'existent pas ailleurs qu'ici, mais ils sont le visage sociétal de l’île, le reflet d’une croissance à deux vitesses, oscillant entre une authenticité identitaire et un développement de pays nouvellement industrialisé.


- Agent de fumigation :

Je ne sais pas si la dénomination est correcte, mais je veux parler des employés d’entreprises de fumigation qui, accoutrés de gants, masques et appareils plus qu’archaïques, procèdent sans finesse à la dispersion d’un insecticide dit non toxique mais faisant ici couler beaucoup d’encre. Le ministère de la santé affirme que l’Aqua K-Othrine utilisé ne présente aucun risque pour la santé et l’environnement s’il est correctement manipulé. L’équipement des agents sert donc en réalité à les protéger du bruit (pour comprendre, imaginez celui du moteur d’une très vieille tondeuse !) et… des moustiques (Ah ben oui, vu comme ça !) Perso, lorsque je vois l’épais nuage de fumée sortir des pulvérisateurs, je me pose des questions. Bien sûr, les résidents des zones traitées sont au préalables prévenus et doivent alors tout fermer et rester chez eux le temps de l’exercice. Rassurant, n'est-ce pas ? Celui-ci vise en tout cas à tuer les moustiques sur l’instant (d’où sa répétition toutes les deux semaines) en prévention de la dengue – entres autres – ou plus précisément pour en éviter sa propagation lorsque des cas sont régulièrement recensés sur l’île.

Qui dit climat tropical dit moustiques, qui dit moustiques dit maladies, alors ici, les Aedes Albopictus (moustiques tigres) vecteurs du chikungunya et de la dengue, ainsi que les Anophèles transmettant eux le paludisme, même si on apprend à vivre avec, on s'en passerait volontiers !


- Avoué :

Un vieux métier qui date, en France, de 1791 !

Je ne peux lister les métiers « locaux » sans parler des avoués, encore très représentés sur l’île. Regroupés en cabinets ou travaillant seuls, ces auxiliaires de justice sont en étroite collaboration avec les notaires et avocats pour effectuer un travail de préparation et de constitution de dossiers. Mais l’on peut aussi faire appel à eux directement puisqu’ils sont conseilleurs en matière de loi, traitent les litiges civils, criminels, commerciaux, relatifs à l’immigration, la citoyenneté, la succession, le recouvrement de dettes… Ils sont aussi rédacteurs de documents légaux et peuvent vous représenter devant certaines cours.

En France, les professions d’avocat et d’avoué ont fusionné en 2012 ; la seconde n’existe donc plus. Ici, leur nombre continue d’augmenter et chaque année de jeunes diplômés prêtent serment. En 2018, l’on comptait sur l’île 163 avoués.


- Gardien :

De chantier, de plage, de quartier ou complexe résidentiel (construit ou non construit), de parking, de zone commerciale… Le gardiennage à Maurice est une institution ! Ici, tout se garde, à toute heure du jour et de la nuit. On aura compris qu’il s’agit avant tout de créer des emplois qui concernent de surcroît absolument tous les secteurs.

Coincés toute la journée dans une guérite de 3m2 à l’entrée d’une zone plus ou moins définie et plus ou moins peuplée, condamnés à rester debout et à faire des rondes régulières (diurnes et nocturnes) ou encore à dormir sur un matelas au sol pour garder toute la nuit un œil sur trois murs montés au bord d’une route, les pauvres gardiens ne voient dans certains cas passer personne durant des heures. Si en Europe les veilleurs sont choisis bien musclés, antipathiques à souhait, grands spécialistes de l’excès de zèle, militaires reconvertis prêts à dégainer au moindre battement de cil, à Maurice, ils sont ou très jeunes (frêles étudiants en quête de trois sous) ou d’un âge avancé (trop vieux et pas assez qualifiés pour prétendre à d’autres postes). Autant vous dire que la fonction qu’ils remplissent est souvent quelque peu symbolique, davantage de l’ordre de la dissuasion, la surveillance et le contrôle inoffensif. Rassurant ? Certainement. Mais je me suis néanmoins toujours demandée ce que ces gentils surveillants pourraient bien faire en cas de réel danger imminent ou d’infraction, si ce n’est contacter pour nous les forces de l’ordre. En tout cas, ils ont le mérite d’être là et, pour ce travail bien ennuyeux du bas de l’échelle, méritent notre appui et notre reconnaissance.


- Laveur de voiture :

Oui, je sais bien que ce métier existe partout dans le monde. Que tous les pays ou presque sont équipés de centres de lavage plus ou moins modernes où la voiture avance toute seule sur des rails ; où les brosses, rouleaux, chiffons doux ou rugueux, se secouent en rythme automatisé sur chacune de ses parties pour la savonner, la rincer, la frotter, la lustrer ; où quelques employés actionnent encore de gros boutons pour diriger de grosses machines… Mais ici justement, ce sont bien des hommes et des femmes qui s’agitent sur votre auto pour la briquer comme jamais contre quelques centaines de roupies. Installés sur les parkings de supermarchés, en bord de route ou dans les stations essence, les laveurs de véhicules sont ici très sollicités tant le mauricien porte un véritable culte à sa voiture… customisée. Faut qu’ ça brille, bonhomme ! C’est sous de simples toits de taule que l’on installe sa charrette pour la voir se transformer en moins d’une heure en carrosse rutilant (de l’intérieur comme de l’extérieur) sous l’effet sans égal de l’huile de coude. Et si vous souhaitez vaquer en attendant à d’autres occupations plus réjouissantes, pena problem, Madam, Misie (aucun problème, Madame, Monsieur), il y aura toujours quelqu’un pour vous ramener la voiture où vous vous trouvez. C’est le service ++ à Maurice !


- Masseur :

Un pays idéalement situé dans l’hémisphère sud qui prône sa capacité d’accueil pour les investisseurs étrangers en mal de chaleur et d’exotisme, qui voit le nombre de ces résidents augmenter chaque année… se tourne irrémédiablement vers ces métiers de bien-être et de détente aux vertus reconnues s’inscrivant dans l’art de vivre à l’étranger. Les sud-africains, chinois, allemands, anglais, belges, français… venus se faire une place sous le soleil mauricien, recherchent ardemment décompression, relaxation, soin du corps et de l’esprit, lutte contre le stress (Ben quoi, on peut stresser au soleil!), dans les nombreux spas de l’île, dont ceux des hôtels, mais pas que ! Tout comme dans beaucoup de pays d’Asie, une tripotée de salons de massages et centres esthétiques fleurissent un peu partout. Il y a ceux qui ont pignon sur rue et pratiquent les tarifs « touristes », et puis il y a les « petites adresses » où sont installées chez des particuliers, dans une pièce aménagée pour l’occasion, des tables de massage où il fait bon s’abandonner sous les mains expertes de ces praticiens locaux, formés en centres ou sur le tas, pour notre plus grand plaisir. Le bouche à oreille est alors leur meilleure campagne de communication, les prix pratiqués (jusqu’à cinq fois moins élevés qu’en institut) le gage assuré d’un retour. De plus en plus se déplacent même jusqu’à vous, avec une organisation rodée et un planning chargé pour les plus renommés.

Aujourd’hui, la profession est injustement amochée par la situation économique que vit l’île depuis des mois. En effet, les habituels visiteurs et résidents « long séjour », nombreux à sortir à présent de leur complexes et palaces pour se faire chouchouter par les meilleurs masseurs, ne sont toujours pas revenus fouler le sol mauricien ! Renforcement des mesures de confinement chez eux, quarantaines imposées à l’arrivée ici, incertitude quant à l’ouverture et la fermeture à venir des frontières, compliquent fortement tout déplacement.

Pour tous les travailleurs directement ou indirectement associés au secteur du tourisme, gardons l’espoir d’un retour rapide à la normale !


À suivre… au moins six autres fonctions représentatives de l'île.

À très vite !

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