La guerre des fautes : aucune pitié pour nos rétines !

Le Larousse définit l’orthographe comme « un ensemble de règles et d’usages définis comme norme pour écrire les mots d’une langue donnée » ; « la maîtrise et la connaissance de ces règles » ; « la graphie correcte d’un mot. »

Jusque-là, nous sommes tous d’accord, puisque la définition – universellement connue – s’applique à toutes les langues dans tous les pays du Monde.

Mais quid alors de ladite maîtrise ?

Bien consciente d’aborder un sujet aussi sérieux qu’extrêmement délicat, je tiens d’abord à préciser que je suis loin de me poser en experte sur la question. Oui, j’aime les mots, les lire et les écrire ! Mais non, je ne suis pas totalement rompue à l’orthographe, la grammaire et la conjugaison de ma langue maternelle ! Lors de l’écriture de mes deux premiers romans, j’ai dû faire appel moi aussi, au fil des chapitres et paragraphes, au dictionnaire et divers outils à notre disposition pour apprendre, vérifier et percer les mystères de notre si belle écriture. Et je n’ai pas honte de préciser que les bêta-lectures sont en outre d’une grande aide pour se faire corriger avant présentation du manuscrit aux professionnels, ni d’ajouter que malgré tout, le risque zéro n’existe pas. Je suis sûre, d’ailleurs, que des fautes se cachent dans mon blog ; nul n’est infaillible.

Le français a toujours cependant été ma matière préférée à l’école ; disons que les fautes ont de tout temps été chez moi limitées et que j’avais certainement des prédispositions aux enseignements littéraires. Mais finalement, la complexité de la discipline est telle qu’il appartient à chacun d’en perfectionner l’utilisation, d’en retenir les règles. Parce que comme un et un font deux, au pluriel un mot s’enorgueillira d’un « s » ou d’un « x ». C’est ainsi, et ce n’est pas moi qui ai fait les règles ! Il est de toute évidence des réflexes de l’enfance bien utiles pour les adultes en proie à une difficulté orthographique. Nous n’hésiterons pas, par exemple, à remplacer dans une phrase un verbe du premier groupe par un autre du deuxième pour attribuer à ce premier la bonne terminaison ! Et pour les spécificités en tout genre, les exceptions, les nombreuses difficultés inhérentes à bon nombre de mots appartenant pourtant au vocabulaire de tous les jours, il est aisé de trouver la réponse. Dictionnaires, glossaires, lexiques, encyclopédies, s’offrent à nous aujourd’hui en version numérique avec une accessibilité déconcertante. Je dirais donc que nous n’avons plus aucune excuse pour heurter la rétine du lecteur.

Pourquoi ce post comme un coup de gueule ? Parce que personnellement mes rétines sont déjà bien abîmées !

Je persiste à penser que l’enseignement de notre langue (comme de toutes les autres) à l’école reste essentiel, primordial, et que son apprentissage sérieux est la clé de voute de toute existence, la future crédibilité sociale et professionnelle, la légitimité intellectuelle de chacun. Ne vous méprenez pas, ladite connaissance n’est pas seule à construire une instruction, elle s’insère dans un programme global d’éducation qui, au travers d’autres matières, fournit à chacun les bases indispensables pour « s’en sortir » dans la vie. Je continue de penser que celui qui écrit sans faire de fautes (ou en les limitant) possède un véritable atout !

Pendant plus de vingt ans, dans un métier qui faisait pourtant la part belle à des compétences spécifiques comme la géographie, la connaissance poussée des pays du Monde, de leurs intérêts touristiques, de leur situation géopolitique, des contraintes administratives, sanitaires, douanières, climatiques… et dans une profession où l’on se doit de répondre au mieux aux attentes et demandes d’une clientèle toujours plus exigeante et plus procédurière, l’orthographe a néanmoins toujours eu une place prépondérante. En effet, le travail d’un agent de voyages – en dehors d’un relationnel avec la clientèle – est majoritairement écrit : propositions, présentations de voyages et projets, devis, échanges de mails avec les clients et divers prestataires, mais aussi : gestion des dossiers litiges, échanges avec les assureurs individuels et professionnels, courriers de réclamation, réponses… ou encore : gestion commerciale et financière des comptes clients individuels et business, courriers de relance, etc. L’aptitude à une rédaction propre et correcte est donc bien évidemment de rigueur au quotidien, et lorsque la simple lecture d’un document – papier ou digital – se révèle être une véritable épreuve rétinienne tant vous avez du mal à en croire vos yeux, l’exercice devient insupportable ! Par chance, j’ai toujours été entourée dans mon métier de collègues n’ayant pas de lacunes orthographiques, ce qui nous installait, je pense, sur une même longueur d’onde.


C’est là que cet article prend tout son sens, puisque c’est précisément à ce moment, au tout début de ma carrière, que mon sang s’est régulièrement mis à faire plusieurs tours ! Les recruteurs sont-ils vraiment lucides quant à la nécessité de maîtriser l’orthographe dans tous les domaines professionnels ?

Quelle tristesse de recevoir télécopies (oui, j’ai connu le fax et l’ai utilisé des années durant), courriers, courriels et autres échanges écrits criblés de fautes d’orthographes et de conjugaison, d’erreurs grammaticales, syntaxiques, d’absence d’accords… sans parler d’un minimum de bienséance (n’abordons même pas la politesse) dans les tournures ! Nous l’avons compris, nous ne sommes pas tous égaux face à la maîtrise du français, comme à celle des mathématiques, de l’histoire, etc. parce que nos aptitudes ne sont pas les mêmes. Que je vous l’avoue, d’ailleurs (honte à moi !), je ne connais toujours pas mes tables de multiplication ! Mais bon sang, quelle crédibilité peut-on accorder à un mail officiel émanant d’une ambassade, du service de comptabilité d’un Tour Opérateur, d’un fournisseur vous envoyant le descriptif d’un service ou produit… s’il donne l’impression de ne pas avoir été relu, pire, de n’être qu’un brouillon non corrigé ! À quel moment la direction d’une entreprise peut diffuser un mail d’une haute importance sans avoir mesurer la nécessité de le faire viser avant pour correction – je dirais même par correction pour le lecteur ? Parce qu’il s’agit ni plus ni moins de respect pour celui qui reçoit l’information et doit avant tout la comprendre. Et que dire – en sus – de l’image d’une société ternie par des employés ne sachant pas écrire une simple phrase correctement !

Oui, mes rétines se sont bien des fois abîmées sur des documents mal écrits, présentant des énormités et accumulant des fautes parfois aussi grosses que la confusion entre la conjonction de coordination « et » et le verbe « être » conjugué à la deuxième ou troisième personne du présent ! Au secours, mes amis ! Pierre Larousse doit se retourner dans sa tombe ! Que s’est-il passé, exactement ? Qu’est-ce qui a bien pu échapper aux deux dernières générations ? Car, arrêtons de nous mentir, le problème ne concerne pas que nos enfants ! À priori, les méthodes d’enseignement ne répondent malheureusement plus à nos besoins, ne nous donnent plus de bases fondamentales.


Prenons aujourd’hui n’importe quel contenu numérique. Une histoire drôle partagée sur Facebook, une bonne blague version texte ou bande-dessinée à bulles, un libellé quelconque sur un site, une page de blog… deux fois sur trois c’est le même festival des fautes ; désolant ! Par quelle stupidité peut-on cautionner sans scrupule, ou encore « liker » ou partager un message pour son fond si sa forme est à elle seule l’application d’une nouvelle réforme de l’orthographe consistant à ne plus respecter du tout cette dernière ?

Hier soir, j’ai navigué sur Facebook dans un but purement professionnel, parce qu’un ami m’a fortement incitée à éplucher sur ledit réseau social les pages d’auteurs et de maisons d’édition. Je devais ensuite noter ce qui « fonctionnait », ce qui me plaisait. Le premier qui m’est apparu m’a fait froid dans le dos ! Je ne le citerai pas, cela s’entend, mais voici ce qui s’affiche sous les rétines des lecteurs : « Cette page est dédié à renvoyé vers mon blog littéraire […] » Dans le bénéfice du doute, j’y suis allée, mais comme le reste n’était pas plus soigné en terme d’orthographe, j’ai lâché l’affaire. Dommage pour le créateur, sa crédibilité, sa légitimité.

Je ne suis pas en mesure d’expliquer à mon ami ce qui me séduit sur ce type de pages, en revanche, je sais parfaitement ce qui me hérisse le poil.

Aujourd’hui, j’ai reçu un mail d’un membre actif d’une association locale qui propose, moyennant un abonnement annuel, un système de partage de livres récents, arrivant tout droit de France, un vrai club de lecture. Le corps du mail présente des fautes, mon corps à moi de l’urticaire. À l’instant, un transfert sur WhatsApp d’une de ces boutades autour de la pandémie de la COVID-19. J’ai souri au message en m’efforçant de passer outre le « Je me demande pourquoi on prends la température d'un homme […] »

Quant aux SMS, chats en ligne, posts en tout genre, commentaires sur tous les réseaux sociaux, à une époque outrageusement digitalisée, le moindre mot est maltraité, torturé, défiguré, transmuté, mutilé, guillotiné ! Nous recevons et lisons des dizaines de fois par jour, des ramassis d’insupportables termes estropiés auxquels les jeunes (mais pas que !) expéditeurs ne prennent même plus la peine d’ajouter la ponctuation ! Serait-on à ce point redevenus des animaux communiquant par onomatopées manuscrites, ayant oublié tous les principes d’une construction de phrase – même basique –, cet assemblage de mots pour lesquels, selon le contexte, une seule et unique orthographe est possible ? Est-on à ce point pressés pour raboter ces groupes de lettres, les réinventer, en oublier l’essence même ? Ne plus conjuguer les verbes, ne plus rien accorder ?

Quel choc !

À cet instant alors, je pense à deux personnes en particulier, deux générations. Mon grand-père paternel, d’abord, qui reste un exemple dans le domaine rédactionnel, avec sa plume affutée, l’absence de fautes dans ses courriers… et dans ses mails. Parce que oui, papy s’est tourné il y a quelques années et à un âge avancé vers le numérique pour s’y intéresser de près, jouant d’un doigté ma foi admirable sur le clavier de son ordinateur. À presque quatre-vingt-quinze ans, moi je dis « Chapeau bas ! » Et puis à Manon, son arrière-petite-fille, ma nièce et filleule adorée de quinze ans, qui fait l’effort de mettre en forme ses messages sur WhatsApp pour épargner à marraine un décollement de rétine. Évidemment, je souhaite ne jamais tomber sur ses échanges avec ses amis sur Snapchat ou Instagram, mais suis fière de parvenir à la sensibiliser, au moins avec moi, sur l’importance de bien écrire et d’éviter (ou limiter) les fautes.

De la maîtrise et la connaissance des règles orthographiques dépend le bien-fondé de chacun dans sa vie familiale, amicale, sentimentale, sociale et professionnelle.

Quelqu’un qui n’écrit pas correctement ne s’exprime pas correctement. S’il ne sait pas s’exprimer, il ne sait pas communiquer. S’il n’est donc pas en mesure de communiquer, il ne saura ni échanger, ni se sociabiliser, ni se vendre.

Par chance, la lacune est rattrapable, et celui qui réalise l’importance de la faire disparaître peut à notre époque bénéficier d’une aide majeure au travers de cours sérieux, de coachings et autres séances de soutien, en présentiel ou à distance. Si l’on ajoute à tout cela un peu de lecture (un banal programme télé fait amplement l’affaire), les chances de s’améliorer s’accroissent considérablement.

Comprenez-moi bien, bon nombre de personnes de mon entourage proche commettent des fautes, elles ne seront jamais bannies de mon existence pour autant ; je ne me positionne absolument pas en donneuse de leçons puisque, comme je le précisais, nous ne sommes pas tous égaux face à ladite maîtrise orthographique, ce depuis notre plus jeune âge. Il n’est ici nullement question d’intelligence !

Ce que je déplore, c’est que le grand public se nourrisse goulument d’autant de contenus aussi grammaticalement pauvres et erronés – largement diffusés de surcroît – responsables d’un enfoncement dramatique dans l’ignorance et la dégradation du niveau en la matière, elle-même pathétiquement banalisée !

Que penser des rubriques, articles, rapports, chroniques et autres textes informatifs censés nous instruire, nous guider, nous montrer l'exemple, nous conseiller, nous faire sourire, aussi, lorsqu’ils sont rédigés avec aussi peu de sérieux et d’attention, de considération pour les lecteurs ?

Par pitié, que ces rédacteurs – professionnels ou non – se fassent relire et corriger avant de nous inonder d’intolérables bavures et autres barbarismes !

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