Bann kour kreol pou koz kreol ? Wi ! Me osi pou fer bann lekonomi !

Des cours de créole pour parler le créole ? Oui, mais aussi pour réaliser des économies !


Gratuits, les cours ? Non, non, il ne s’agit pas de cela !

Mo pou esplik zot (je vais vous expliquer).


Je me suis inscrite à une session de six séances d’une heure et demie de créole au sein d’un petit groupe bien sympathique – puisque l’on se connaissait déjà tous – et ai naturellement réglé notre gentil professeur Pascal. Jusque-là, tou korek (tout va bien) !


C’est en réalité à postériori que la notion d’économie de roupies intervient ; j’entends : il s’agit d’un constat ma foi bien agréable que j’ai fait… après !

Je vous vois vous gratter la tête pour tenter de faire le lien entre la démarche de baragouiner quelques mots dans cette drôle de langue si chou et… cette histoire d’économies !

Eh bien c’est on ne peut plus simple : to koz kreol, to pey pri kreol, to pa koz kreol, to pey pri touris ! Vous saisissez la différence ? J’imagine qu’il n’y a point besoin de faire la traduction.


Pour tout vous dire, les tarifs qui peuvent potentiellement différer (vérification faite auprès de Pascal, bien entendu, et confirmation faite aussi qu’il existe bien une variation de tarifications !) ne m’ont pourtant jamais paru jusqu’à présent si démesurés. Je dirais même qu'ils n’ont pas vraiment suscité chez moi l’intérêt d’un débat. Le niveau de vie local et le pouvoir d’achat international ici sont tels que les premiers constats pour l’étranger fraîchement débarqué dans l’île corroborent nécessairement une vérité inhérente à son installation dans tout autre pays que le sien : l’expatrié a les moyens de payer le prix affiché (ou non affiché, justement), point ! Et même si par définition, il prêtera toujours à tout autre lieu de résidence – hors Europe – que le sien un coût de la vie bien moindre, il ne se posera pas forcément de question immédiate sur ledit sujet ; c’est ainsi et puis c’est tout.


Là où au début tout peut se compliquer, c’est lorsque l’on prend la mesure des prix pratiqués sur l’île – pour tout le monde finalement – et que notre cerveau fait le rapide calcul de ce que la moindre dépense ici représente pour les mauriciens. Un salaire minimum à Maurice est quatre fois moins élevé qu’en France, alors un trajet en taxi jusqu’à l’aéroport, une noix de coco ou une glace à l’eau en bord de plage, un ananas en bord de route, un panier tressé sur un marché, ou une sortie en bateau, paraissent instinctivement bien inabordables pour les locaux !

Que nenni, les amis ! Le jour où j’ai compris que l’achat d’enn kilo pomdamour (un kilo de tomates) sur l’étal du rond-point de Forbach n’anéantissait pas le budget mensuel des ménages mauriciens, je suis restée dubitative. J’ai donc creusé et ai simplement découvert qu’il existait, comme chez Zara en Espagne, une double étiquette ! Seule différence, à San Sebastian, juste après la frontière, la reine frenchy du shopping se réjouit d’avoir franchi les Pyrénées pour toucher le petit top tendance à paillettes au prix español et non français, parce qu’elle connaît l’intérêt du déplacement. Ben quoi, on aime tous les bons plans, non ?

Vous l’aurez compris, les étrangers à Maurice paient plus cher que les locaux, ou en tout cas… les locaux paient moins cher que les étrangers !

Mais là où je veux en venir aujourd’hui, c’est que si mo konn koz kreol, mo kapav aste kiksoz bon pri dan bann laboutik ou dan bazar (si je sais parler créole, je peux acheter à un bon prix dans les magasins ou au marché). Autrement dit, une négociation légitime devient alors tout à fait possible. Le cornet deux boules vanille à 500 roupies va descendre à 200 roupies et le trajet en taxi Rivière du Rempart – aéroport de Mahebourg ne devrait plus dépasser les 1000 roupies. Une simple coupe chez un coiffeur homme peut facilement chuter de 400 à 150 roupies (Mazik !), la sortie d’une demi-journée sur un petit bateau de pêche pourrait bien être proposée à un prix réduit de moitié. De même, on n’aura plus l’impression de faire repeindre toute la maison à la lecture du devis de peinture censé concerner une seule pièce de celle-ci, et une ampoule de piscine devrait raisonnablement retrouver son tarif initial, c’est-à-dire quatre fois moins élevé que celui annoncé par le pourtant gentil pisciniste.

Faudrait quand même pas pousser !

Je m’entraîne donc avec mes « Mo pa touris, mo rezidan » (je ne suis pas touriste, je suis résidente), « Li tro ser Misie » (c’est trop cher), « Samem dernie pri ou kapav fer ? » (C’est votre dernier prix ?), le tout enrobé d’un joli sourire, et hop, le tour est joué !

Dilo disik, bann kamarad ! (Trop facile, les amis !)


Nous attribuerons donc deux fonctions à l’apprentissage (et la maîtrise) du créole à Maurice : le plaisir de converser, ou du moins d’essayer, dans la si jolie langue du pays, ainsi que le mérite de réaliser quelques menues économies.

En d’autres termes, la satisfaction de ne plus avoir le sentiment d’être pris pour un dodo !

Dodo mauricien
Dodo mauricien

Mais rassurez-vous, les mauriciens sont tellement gentils que la démarche de négocier sa course ou sa petite réparation, dans un créole même approximatif, fonctionne et peut même les amuser. Et si l’on rajoute à ce constat la situation actuelle liée à la foutue pandémie de COVID-19 que nous vivons depuis neuf mois et qui laisse le territoire orphelin de touristes et l’économie à son plus bas niveau, je dirais que nous – résidents non rentrés au pays – remplaçons quelque peu pour l’heure les visiteurs de lagons.

Au bout du compte, tout le monde s’y retrouve !


Inutile alors de vous dire qu’au-delà de la fierté de parvenir (même s’il y a encore du chemin) à converser avec chauffeurs, vendeurs et autres réparateurs, mo fier konn pri morisien pou enn kilo pomdamour ek fer bann lekonomi (je suis fière de connaître le prix mauricien d’un kilo de tomates et de faire des économies) ! Parce que, au final, il ne s’agit absolument pas de marchander la livre de légumes au marché pour l’acheter en dessous du prix – sachant que chaque maraîcher fait vivre une famille entière sur trois générations –, mais juste de payer le prix correct, comme n’importe quel membre de la population !

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