Plateau

Franck Bouysse

 

Ayant adoré Né d’aucune femme du même auteur, j’ai plongé avec confiance dans cet opus, à la recherche des émotions perçues dans le précédent. Si l’on retrouve la noirceur et le talent de monsieur Bouysse pour l’écriture, l’histoire elle ne m’a pas emplie de la même satisfaction.

L'histoire :

Plateau de Millevaches, rudesse du paysage de la Haute-Corrèze et de la vie à la ferme. Judith et Virgile ont élevé Georges, le neveu de ce dernier, après la mort de ses parents dans un accident de voiture lorsqu’il avait quatre ans. Il vit désormais dans une caravane, tout près de chez eux et se voit bientôt dans l’obligation d’accueillir la nièce de Judith qui n’a d’autres choix que de se réfugier ici. Un peu plus loin, Karl, ancien boxeur, tiraillé entre croyances en Dieu et pulsions sexuelles, s’installe lui aussi dans le hameau. Et puis, vient s’ajouter au décor un mystérieux chasseur.

Mon avis:

Dès les premières lignes, la noirceur est bien là. Le style Bouysse, la patte de l’auteur. Les personnages – rugueux, malades, taiseux, torturés, mystérieux – sont plantés, l’ambiance est pesante à souhait et l’on devine l’intrigue… sans toutefois bien la comprendre. C’est justement sur le déroulement de l’histoire que je peine à donner un véritable avis. Car le début est poussif. Il faut attendre la moitié du roman pour que les parcours commencent à se croiser, que tout prenne enfin un sens. Mais pour moi, le chemin est trop long. Trop lent.

 

La rudesse du milieu rural, la description de sa nature, la désolation de ses paysages et de ses habitants sont évoquées avec justesse, mais Franck Bouysse use et abuse de constructions littéraires alambiquées, ainsi que d’une poésie à l’excès. Dans sa façon d’écrire et le vocabulaire pointu que l’auteur utilise l’on peut voir deux notions contradictoires. D’un côté une langue très travaillée, des mots riches et pesés, des phrases d’un lyrisme indéniable. De l’autre un excès de tout ça qui alourdit sacrément la lecture et déconcerte un tant soit peu le lecteur. La dynamique est finalement brisée.

 

Ce roman est noir, rural, austère et donc oppressant et asphyxiant. D’accord, c’est voulu, car il s’agit tout de même de la plume très reconnaissable de l’artiste, mais contrairement à Né d’aucune femme (je n’en ai pas lu d’autres), il ne m’a pas pris aux tripes, ne m’a tiré aucune émotion particulière, si ce n’est une forme d’ennui liée à certaines longueurs.

À noter aussi, des dialogues souvent basiques et n’apportant pas grand-chose, en contradiction avec un vocabulaire plus compliqué que ciselé. Enfin, au milieu de tous les personnages plus vrais que nature, celui du chasseur parachuté là, sans véritable portée, sans crédibilité.

 

Une dose de secrets enfouis et de sombres mystères sur fond de vieillesse, maladie et isolement, le tout saupoudré de rédemption et de sévérité.

Ça aurait pu marcher… mais cela ne prend pas. Le déroulement est confus et l’on perd plusieurs fois le fil de l’histoire pourtant pas bien compliquée, car banale.

Certes la fin réserve plus de sincérité, de profondeur, mais… bof ! quand même ! Et puis, attendre les deux dernières pages d’un roman pour ressentir un semblant d'explications ou de timides palpitations, c’est un peu tard, non ?

 

Mitigée, donc, sur cet opus qui, paraît-il, n’est pas le meilleur de l’écrivain. Je confirme.

Je n’abandonne pas pour autant, car le talent certain de l’auteur n’est pas à ignorer.