Neuf parfaits étrangers

Liane Moriarty

Comme vous le savez, j’aime cette auteure australienne. Alors, lorsque j’ai eu dans les mains son dernier opus (2021), arrivé tout droit de France, j’ai sauté de joie.

J’ai très vite senti néanmoins qu’il ne me laisserait pas la même empreinte que les autres : il est pour moi bien moins réussi !

L'histoire :

Tranquillum House est un magnifique centre de bien-être installé dans le Bush australien et promettant à des clients triés sur le volet une métamorphose mentale et physique inoubliable ! Déconnectés du monde extérieur et délestés de leur portables et ordinateurs, neuf résidents plus ou moins convaincus vont partager la cure menée par la charismatique directrice des lieux, Masha, et ses assistants. Ils se soumettent peu à peu aux programmes personnalisés, à la période de jeûne et de silence, aux séances de méditation, de yoga, de tai-chi… Allant de surprise en surprise, le groupe découvre bientôt le nouveau protocole mis en place par Masha, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’expérience est peu banale !

Mon avis:

Le démarrage est poussif et manque d’organisation. L’auteur met du temps à planter le décor et les personnages ; cela ne lui ressemble pas. On s’accroche néanmoins pour laisser à Liane Moriarty le soin de nous surprendre, comme elle sait si bien le faire. Mais jusqu’à la moitié du livre, l’histoire reste éparpillée, les chapitres s’enchaînent sans intérêt particulier, mettant pourtant tour à tour chaque protagoniste en avant. Une technique de roman choral qui aurait pu/dû s’avérer plus pertinente qu’elle ne l’est ici. Le lecteur finit par s’ennuyer : des longueurs, des situations loin du réalisme dont l’auteur fait preuve habituellement, dans l’art de brosser des galeries de personnages attachants et des situations de la vie ordinaire devenant majestueusement extraordinaire.

 

Certes, de bonnes choses, des personnages (nombreux) différents et correctement décrits, une intrigue – bien que banale au départ – somme toute originale dans son approche, mais un sujet qui, pour moi, n’est pas vraiment abouti. Bien sûr, le lecteur se prend au jeu, s’interroge sur ces nouveaux gourous du développement personnel, sur les moyens mis en œuvre pour parvenir pleinement au renouveau, mais trop de longueurs égrènent le roman. Dommage !

La seconde moitié devient certes plus dynamique, l’intrigue se pose enfin et interpelle le lecteur quant à l’issue. Mais l’auteur, en décidant d’exploiter les neuf personnages à la fois, alourdit encore les scènes avec des dialogues souvent longs et verbeux, n’apportant pas grand-chose à l’histoire. De plus, il faut tout de même attendre la page 353 (sur 660) pour entrer véritablement dans le vif du sujet ; un rythme beaucoup trop lent à mon avis.

Je ne rentrerai pas dans les détails de la seconde partie du livre, puisque – si tant est que vous arriviez jusque-là – elle révèle finalement son lot de surprises, même si je continue de penser que tout ceci est « un peu gros », jusqu’au dénouement prévisible et légèrement bâclé.

 

Neuf parfaits étrangers est un moment de lecture sans prétention, pas véritablement désagréable, mais franchement décevant. Je n’ai pas retrouvé ce que j’admire habituellement dans la plume de Liane : son humour, son ironie, son talent pour la grandiose mise en scène de personnages tout à fait anonymes dans des vies ordinaires, mais livrant au lecteur secrets et messages avec une éminente sagacité. Même le titre est perturbant, car dans le groupe des neuf curistes, se trouvent couples et famille qui ne sont donc pas de « parfaits étrangers ». Un petit loupé ?

En outre, j’ai eu le sentiment d’être restée en surface, de n’avoir pas réussi à pénétrer le thème. Ce roman manque pour moi de perspicacité, de subtilité, voire même carrément de crédibilité. Un essoufflement de l’auteur, peut-être ? Je ne baisse néanmoins pas les bras et n’en ai pas fini avec Liane Moriarty. Je sais qu’elle peut faire largement mieux ! À suivre.