Millénium blues

Faïza Guène

Plus de livres en attente – si ce n’est deux commencés mais impossibles à poursuivre car inintéressants – alors ma triste quête ( triste car à Maurice en ce moment elle n’est pas simple) d’addict à la lecture m’a une nouvelle fois poussée vers des auteurs inconnus, un titre, une couverture, une histoire séduisante. Millénium blues en fait partie.

Verdict : pas mal du tout !

L'histoire :

Des années 90 à nos jours, Zouina, alias Zouzou, raconte son enfance, son adolescence, sa vie de femme, de mère et… d’amie. Elle promène son regard sur les années qui s’écoulent au rythme de ses blessures et traumatismes, de ses joies et découvertes, mais surtout aux côtés de Carmen, son mentor, sa béquille, son amie de toujours.

Août 2003, au cœur de la canicule, un accident de voiture, et le récit commence.

Mon avis:

La lecture est agréable, le texte bien écrit, les dialogues percutants. L’on plonge directement dans l’histoire, initialisée par cet accident tragique.

La vie ne fait pas de cadeaux à Zouzou, Carmen et les autres. Chapitre après chapitre, tantôt très courts (quelques phrases), tantôt plus longs (le temps du récit d’un épisode marquant de sa vie), l’héroïne livre dans le désordre ses souvenirs, expériences et leçons, sur fond des Geatest hits de Abba, le groupe de musique préféré de sa mère.

Zouzou a 7, 25, 16, 12 ou 32 ans.

C’est l’histoire simple d’une profonde et indestructible amitié entre deux banlieusardes. Une histoire de richesse… du cœur.

 

Un père né en Algérie, kabyle et fan de Johnny ; une mère française, désespérée depuis son divorce, à qui tout « donne le mal de mer » (son expression fétiche) ; une mémé chiante et raciste dont personne ne veut ; Sylvia, l’adorable gardienne de l’immeuble ; Carmen, sa délurée de fille ; et tous les autres, Simone, Eddy, et plus tard... la petite et innocente Lila… Ce sont autant de personnages hauts en couleurs, attachants ou détestables, qui accompagnent Zouzou et marquent chaque évènement de son existence.

En même temps que ceux de l’héroïne, ce sont nos souvenirs que l’auteur réveille à l’évocation des repères spatiotemporels qui égrainent le récit.

Kate Moss, Zidane, Djorkaeff, Obispo, Jospin, Le Pen et la montée de l’extrême droite en 2002, les Guns, Sarkozy… Et puis, l’époque des Polaroïds, des magnétoscopes, des collants Dim, des premières bagues chez l’orthodontiste…   

Le lecteur assiste, démuni, résigné, en colère ou heureux, aux parcours de vie de Carmen et Zouzou, d’abord sur une seule et même route, puis sur deux chemins distincts et chaotiques, pour finir par se retrouver et ne plus faire qu’un.

 

Une belle leçon d’humanité que ce petit roman qui parle, entre autres, du divorce, de la maternité, du chômage et des difficultés sociales, de culture, d’identité, mais évoque aussi le respect, la tolérance, l’espoir…

La façon d’écrire de Faïza Guène est empreinte de cynisme, de franchise, de réalisme, de noirceur, aussi. Mais son style est touchant, drôle, frais et sensible.

 

Une belle découverte ! J’espère à présent pouvoir trouver les autres opus de cet auteur qui ont apparemment tous eu le même succès.