Les toits du paradis

Mathangi Subramanian

Encore un livre du circuit de la BO. Traduit de l’anglais (Inde) et paru en janvier 2020, ce roman relatant la vie quotidienne et misérable dans un bidonville de Bangalore promettait de bonnes choses. Mais pour moi, il n’a justement pas tenu ses promesses.

L'histoire :

Banu, Deepa, Padma, Joy et Rukshana sont cinq amies à la vie à la mort, à l’aube de l’âge adulte, qui partagent, depuis leur naissance la même année, leur quotidien au Paradis, cet enchevêtrement de taules rouillées, de murs en torchis, de toiles tendues et de vitres brisées. Naître femme en Inde et vivre, de surcroît, dans un bidonville que la municipalité compte bien raser au profit de la modernité et de l’enrichissement des nouveaux promoteurs, voilà ce que raconte Les toits du paradis.

Mon avis:

J’ai ouvert le livre, enchantée de me plonger dans un voyage initiatique, curieuse de découvrir la vie dans ce bidonville de Bangalore, mégalopole du sud de l’Inde en pleine expansion, mais je n’ai pas réussi à pénétrer l’univers de l’auteur.

Pourtant, dès les premières lignes, on peut être happé par l’histoire de ces femmes représentant toutes les générations, ces jeunes filles, mères, grands-mères, évoluant tant bien que mal dans la misère et l’humilité, portées avec grandeur par l’amour et la solidarité.

Les toits du paradis, c’est avant tout ce groupe d’amies, de confessions religieuses et orientations sexuelles différentes, duquel se détache effectivement une certaine sensibilité. C’est aussi l’éloge d’une résistance menée avec courage par toutes les femmes pour ne pas être chassées à nouveau dans les campagnes encore plus misérables après la destruction du bidonville. C’est l’histoire d’un sursis avant l’anéantissement de centaines de rêves de vies au Paradis.

Bien sûr, l’on y apprend le fonctionnement d’un quotidien précaire où électricité, eau potable et conditions sanitaires sont un véritable problème. L’on y découvre les castes, les religions, la place des filles et des femmes dans les familles, réduites au silence, à la déscolarisation et aux tâches ménagères. L’on y constate l’absence des hommes (sens propre et figuré), leurs doubles vies, leur alcoolisation…

Mais selon moi, l’intrigue est survolée, les personnages trop peu approfondis. Ce qui aurait pu être une belle fresque sur la condition des femmes en Inde reste pour moi à l’état d’ébauche et me laisse un goût d’inachevé.

Le seul personnage qui finalement se détache plus ou moins du tableau et illustre véritablement la bienveillance, c’est madame Janaki, la directrice de l’école. Elle se bat jusqu’au bout pour permettre à ces jeunes filles de poursuivre leurs études, pour leur donner du rêve et de l’espoir.

 

En outre, l'écriture est un peu "simpliste" et la lecture alourdie par la présence d’un vocabulaire (trop) spécifique que l'auteur et la traductrice ont choisi de conserver et d’expliquer en notes de bas de page, ainsi que par un grand nombre de personnages que l’on finit par mélanger. Je l’explique aussi par le fait que l’on ne parvient pas à s’attacher à eux. En début de livre, deux pages d’énumération des habitants du Paradis sont censées nous aider à re situer les personnages. En fin de roman, se trouve un glossaire de trois pages reprenant les mots indiens régulièrement utilisés dans l’histoire. Je n’ai cependant pas réussi à y trouver un véritable intérêt.  

 

En dépit des scènes de vie colorées et épicées (mais aussi redondantes), les thèmes de l’émancipation féminine en Inde et de l’amitié profonde et respectueuse qui lie les personnages ne sont à mon avis pas correctement exploités.

Ce roman reste pour moi sommaire, superficiel et décevant.