Les gens heureux lisent et boivent du café

Agnès Martin-Lugand

À propos de ce roman, le premier d’Agnès Martin-Lugand sorti en 2012, quelle surprise de découvrir autant de mauvaises critiques des lecteurs alors que justement, pour moi, il transpire le réalisme et l’émotion ! J’affectionne particulièrement cet auteur, l’un des premiers qui m’aient donné envie de lire en me confortant dans celle d’écrire. J’aime sa narration simple et efficace ; ses récits certes parfois naïfs, mais touchants ; son écriture talentueuse pour mettre en scène de belles histoires, qu’elles soient douloureuses ou joyeuses.

L'histoire :

Diane perd son mari et sa fille dans un accident de voiture ; tout s’écroule. Un an après, elle ne refait toujours pas surface, se bat contre les mêmes fantômes, se demande tous les jours pourquoi elle vit encore. Pour échapper à l’emprise pourtant si affectueuse et bienveillante de son meilleur ami, l’excentrique Felix, elle s’exile en Irlande pour se morfondre, loin de son entourage. Là-bas, sa vie paraît prendre un tournant inattendu.

Mon avis:

La couverture fait penser à un roman Harlequin ; surtout, ne pas s'arrêter à ça !

Diane et Félix forment un duo improbable en incarnant l’amitié comme on la rêve tous. Lui est aussi loufoque et déjanté qu’elle est sombre et totalement fermée aux autres, à la vie. Et pour cause. Ô combien l’auteur sait nous décrire tous les sentiments insupportables ancrés en Diane suite à la perte de ses deux amours, Colin et Clara ! Le récit est juste et profond. Et il n’est pourtant pas si simple pour un écrivain de transmettre au lecteur autant d’émotions douloureuses en restant vrai, sans tomber dans le larmoiement. Diane peut être n’importe laquelle d’entre nous, à se débattre dans son existence pour trouver une raison d'y rester alors qu’il manque l’essentiel.

Les dialogues sont simples, souvent courts, empreints d’un vocabulaire modeste, c'est vrai. Je ne parviens cependant pas à associer à ce dernier une quelconque pauvreté de style, et préfère prêter aux répliques basiques des protagonistes et de Diane en particulier, une certaine pertinence. Pour cette femme perdue, inconsolable, coupée du monde, cette épouse et mère détruite, les mots sortent difficilement et renvoient finalement la souffrance incontrôlable du deuil qui ne peut être fait.

Son installation en Irlande est pénible, et plutôt que de tomber dans la facilité d’un bonheur subitement retrouvé, le lecteur peine avec elle, souffre et voudrait lui tendre la main. Point de dramaturgie pesante ni de pleurnicherie ; du réalisme, toujours.

L’exil de l’héroïne à Mulranny la met sur le chemin d'une famille adorable composée d’Abby et Jack, les propriétaires du cottage qu’elle occupe, ainsi que Judith et Edward, élevés par ces derniers, leurs oncle et tante.

 

En bref, des tournures et des mots simples pour une histoire banale mais touchante. Des personnages campés mais pas caricaturaux. Un formidable ami, une confidente bouillonnante, un voisin antipathique… et les autres.

Le livre aborde – entre autres – l’amour, le déni, la dépression, la solitude, l’espoir… avec justesse et pragmatisme.

Je déplore juste le manque de descriptions des paysages irlandais, rendant le lieu de séjour choisi par l’héroïne pour fuir fade et sans intérêt : dommage !

À noter : la fin surprenante qui laissait forcément présager une suite… C’est deux ans après, en effet, qu’Agnès Martin-Lugand nous livrait La vie est facile, ne t’inquiète pas, pour que nous retrouvions avec plaisir Diane et Félix.

 

J’ai donc été agréablement emportée par ce premier roman, et séduite par une plume certes parfois un peu enfantine mais attachante.