Les Demoiselles

Anne-Gaëlle Huon

Un premier coup de cœur avec Même les méchants rêvent d’amour, et une aussi belle découverte avec Les Demoiselles. Ce roman aborde un sujet pourtant surprenant, au cœur d’une histoire singulière mais réaliste trouvant son rythme entre inspiration historique et romance.

L'histoire :

Aux débuts des années 20, Rosa, quinze ans, quitte Fago, son village espagnol pour rejoindre Mauléon, de l'autre côté de la frontière, au Pays basque. Ses ateliers d’espadrilles sont la promesse d’un salaire le temps d’un hiver, pour mettre Abuela, sa grand-mère malade, à l’abri. Elle rencontre bientôt les Demoiselles, femmes libres, fantasques et mystérieuses qui sans le savoir vont transformer sa vie.

Mon avis:

L’écriture d’Anne-Gaëlle est fluide et précise. Elle nous plonge immédiatement dans l’histoire et son décor pyrénéen ; comment ce roman pouvait ne pas me parler, étant du Béarn ! L’austérité des montagnes ; le brouillard ; le froid de l’automne 1923 ; la traversée dangereuse pour passer de l’autre côté, des heures de marche dans de rudes conditions, les pieds en sang ; la France, le chant des sirènes : voilà ce que le début de ce beau roman raconte.

Puis, la suite déroule toute l’histoire de Rosa à Mauléon, qu’elle raconte à Liz qui elle sera dévoilée au lecteur à la toute fin.

 

La maison des Demoiselles ne tarde pas à accueillir Rosa qui découvre alors un univers fantaisiste et truculent, nous emportant ainsi au cœur d’un sujet original. Sur fond de paillettes, de dentelles et étoffes de soie, de bulles de champagne et autres excentricités folles et frivoles, l’on s’immerge dans une atmosphère légère et gourmande pour ne plus lâcher le livre ! L’intrigue est prenante, les personnages attachants, jusqu’au perroquet aux chansons grivoises et au chat qui en ferait bien son goûter.

 

C’est plein d’énergie, de rebondissements. Ça pétille, ça claque, ça surprend. On y découvre le contraste entre la rudesse du travail à l’atelier pour les hirondelles (les espagnoles venues coudre tout l’hiver en France afin de se constituer un trousseau) et le cocon que représente la maison des Demoiselles. Une bonne dose de bonheur et de bonne humeur, des couleurs vives et joyeuses, des rires, des danses et des chansons. Ce roman est un tableau, une fresque haute en couleurs qui parle des destins choisis de femmes libres et obstinées, affranchies de l’autorité des hommes, mais pas de leur charme et leur compagnie, et de ces femmes en marge et en souffrance, déterminées à échapper à leur destin.

 

Il y a du sentiment, toutes sortes d’émotions, de la profondeur, des secrets bien gardés, de très beaux personnages et une ambiance si particulière.

Un livre différent de ce que l’on a l’habitude de lire dans ce registre et dans celui de l’auteur, aussi.

On rit, on se prend des claques et surtout, on s’instruit !

 

Les Demoiselles est de ces ouvrages qui marquent, qui font du bien.

Merci, Madame Huon !