La crise - 1992

Là encore, le film n'est pas récent, je vous l'accorde, mais Coline Serreau nous a gâtés avec cette belle satire de la société, ou comment vivre avec/lutter contre l'individualisme ? Le sujet ne sera-t-il pas toujours et à jamais d'actualité?

Une pure merveille qui secoue et interroge sur ce que nous sommes réellement, ce à quoi nous aspirons dans la vie, ce qui nous rend heureux mais détestable, malheureux mais respectable. 

L'histoire : Victor, marié et père de deux enfants, perd le même jour sa femme Marie (qui le quitte) et son job de conseiller juridique. La tuile. Il ne comprend pas (devrais-je dire qu'il ne comprend rien?), mais n'est surtout pas en mesure d'ouvrir les yeux pour réaliser qu'il est seul responsable. Il court immédiatement vers ses amis, ses proches, sa famille, pour pleurer, se plaindre et se faire plaindre, jouer les victimes et crier à l'injustice de ce qui lui arrive. Il se heurte à un mur : tout son entourage est déjà englué dans ses propres problèmes et n'a pas une minute pour partager les siens.

Un scénario riche et bien écrit. Une réalisation qui, dès les premières minutes et dans un rythme effréné, met en scènes des gens pressés qui parlent à toute vitesse, n'écoutent pas et ne peuvent donc pas comprendre.

Le casting est succulent : Vincent Lindon, Zabou Breitman, Patrick Timsit, Maria Pacôme, Michèle Laroque, Clotilde Mollet... Tous aussi convaincants que bouleversants dans leur interprétation.

La Crise, c'est une bande son touchante et mélancolique où le violon prédomine, un florilège de monologues devenus cultes qui nous font passer du rire aux larmes, des dialogues rythmés extrêmement bien écrits qui nous explosent à la figure. Les images en gros plan sont réussies, l'expression d'un visage livrant bien plus d'émotion que les mots.  Comment ne pas se délecter des scènes magistrales comme celle de Michèle Laroque excédée dans le cabinet médical de son mari ; celle de Zabou Breitman qui explique à son compagnon pourquoi elle vit très bien leur relation telle qu'elle est ; celle où Maria Pacôme, en mère qui a tout sacrifié pour ses enfants et son mari pendant trente ans, leur explique à quel point elle se fout de leurs problèmes, voulant enfin vivre pour elle ; celle où le désarroi de Clotilde Mollet, violoniste passionnée, nous émeut ; et bien d'autres ! Chacun finalement veut régler sa crise !

Patrick Timsit est éblouissant de tendresse en marginal sans le sou. Il incarne Michou, un misérable porté sur la boisson, un idiot qui n'a pas sa place dans la société, mais possède une sensibilité et un coeur énorme qui lui ferait donner tout ce qu'il a, si seulement il l'avait ! Vincent Lindon, lui, est l'incarnation du nombrilisme et est tellement incapable de se remettre en question qu'il en est ridicule. Au contact de Michou, ce pauvre abruti qui le suit partout comme un chien, il va peu à peu réaliser, écouter, vibrer et ouvrir les yeux sur les vraies richesses du monde qui l'entoure, sur ses proches, sur lui.

La Crise, c'est une comédie sociale qui remue en profondeur.

Qui pousse à s'interroger sur les rapports humains, les priorités que l'on donne à sa vie, sur ce que l'on est, ce que l'on voit, ce que l'on renvoie. Coline Serreau aborde les thèmes de l'égoïsme, l'empathie, la recherche du bonheur au fond de soi. Elle pose aussi la vaste et complexe question de la différence entre écouter et entendre, et déroule la réponse avec finesse et intelligence.

Une remarquable leçon de vie à consommer sans aucune modération !