L'Aventurière de l'Étoile

Christel Mouchard

Cette troisième découverte (imposée, je le rappelle) du circuit de la Bibliothèque Orange est pour moi la seconde du même genre – après Un arc-en-ciel dans la nuit – puisqu’il s’agit d’un roman historique.

Intéressant, si tant est que le soient pour vous les récits d’aventures du XVIIIe siècle.

L'histoire :

« 1er février 1767. Une jeune paysanne embarque sur la flûte l’Étoile pour une expédition commandée par le comte Louis-Antoine de Bougainville. Elle s’appelle Jeanne, mais c’est sous le nom de Jean qu’elle se présente à l’équipage, travestie en valet. Désormais passagère clandestine, elle espère réaliser son rêve : accomplir le tour du monde. »

Mon avis:

Guidée par ma curiosité de découvrir l’histoire vraie de cette jeune-fille issue d’un milieu extrêmement pauvre et décrite comme intelligente, courageuse et dévouée, j’ai plongé dans l’époque de Louis XV pour me laisser embarquer dans la grande expédition Bougainville.

Une carte en début de livre représente l’itinéraire des deux navires, l’Étoile et la Boudeuse, se suivant lors du tour du monde qui dura deux années. Rochefort, les Canaries, l’Uruguay, les Malouines, le Brésil, le Cap Horn, le Détroit de Magellan, les îles du Pacifiques, la Nouvelle Hollande (Australie), la Nouvelle Guinée, l’Île de France (Île Maurice), l’Afrique du Sud, et bien d’autres escales intermédiaires. Bien utile pour se repérer.

 

Mais le livre raconte d’abord Jeanne, son enfance misérable ; son pauvre père élevant ses deux filles après la mort de leur mère ; le tracé des vies paysannes et crasseuses de l’époque prérévolutionnaire ; le malheureux destin unique de ces familles où les enfants portent le même prénom ; les cadettes placées chez les ainées pour les servir…

Et puis, la chance offerte à Jeanne d’entrer au service du naturaliste Philibert de Commerson, d’étudier avec lui la botanique et les plantes médicamenteuses, d’exploiter finalement les ressources et connaissances acquises pendant son enfance à la campagne.

Nous sommes au fin fond de la Bourgogne, à la lisière des forêts du Morvan, naviguant entre les communes de La Commelle, Toulon-sur-arroux, Thil-sur-Arroux.

Le livre décrit aussi Philibert comme « […] ardent, impétueux, violent et extrême en tout […] » En réalité, c’est un libertin, grand débauché aux mœurs grivoises, séducteur intempestif. Il fait tomber la jeune servante dans ses filets, et le couple illégitime qu’ils forment alors est aussi atypique que parfaitement complémentaire. L’on apprend/comprend que la jeune femme lui aura apporté le bonheur domestique, l’équilibre, la rédemption. En tout cas, Jeanne devient rapidement une « botaniste exercée » se passionnant pour ses nouvelles activités, tout comme elle « se fait indispensable dans l’atelier autant qu’elle l’est dans la maison. »

Et puis arrivent bientôt les ragots sur la réputation du médecin que plus personne ne visite, le scandale autour de sa relation avec Jeanne, l’indécence d’une vie maritale entre un maître et sa servante, cette faute condamnable qui les obligent à fuir, pour s’installer loin du déshonorant chahut, à Paris, au 13 de la rue des Boulangers, avec pour seuls bagages leurs herbiers et livres précieux. Astronomes, philosophes, savants, pédagogues, rédacteurs, illustres professeurs et autres scientifiques sont les nouveaux amis de Philibert qui peu à peu est introduit au plus près du roi Louis XV. C’est ainsi qu’il se voit proposer le poste de naturaliste à bord des vaisseaux de ce dernier, en partance pour un tour du monde à la découverte de terres sauvages.

 

La suite du roman, soit les deux derniers tiers, est consacrée à ladite expédition, à l’embarquement clandestin de Jeanne devenue Jean, valet du botaniste Philibert de Commerson, aux conditions souvent épouvantables de la traversée, aux descriptions des terres visitées, leurs paysages effrayants, grandioses, aux peuples rencontrés, à l’inconnu, le danger, la maladie, la famine… Une seule priorité pour Jeanne : déjouer tous les soupçons des hommes du bord, poursuivre son aventure jusqu’au bout, envers et contre tout !

Elle est intrépide, joviale, bienveillante et déterminée.

Il est vaniteux, caractériel et lâche.

 

Extrêmement bien documenté, l’ouvrage est historiquement très intéressant. L’auteur a accompli un travail titanesque sur la base de recherches approfondies, de vraies correspondances et d’archives de valeur (puisées en France et à l’Île Maurice où se déroule une partie de l’histoire), pour nous livrer avec réalisme le destin extraordinaire de Jeanne Barret, la bergère de La Commelle.

Un roman certes très bien écrit, mais aux phrases parfois longues et complexes par leur syntaxe ou le vocabulaire érudit qui les compose. Les nombreuses sources et références illustrant le livre peuvent aussi en alourdir la lecture et rendre sa fluidité difficile. Le lecteur s’accroche néanmoins pour tout savoir, ne pas perdre une miette du récit lui dévoilant tant d’informations précieuses sur la vie au XVIIIe siècle. Du bas peuple aux membres de l’aristocratie, de l’organisation des grandes explorations maritimes aux terribles conditions de navigation sur les vaisseaux royaux, des conditions de vie des femmes aux prémices du siècle des Lumières.

 

Un style littéraire qui n’est pas le mien, mais qui somme toute reste agréable, même s’il réside davantage dans la rigueur historique des faits que dans l’orientation romanesque qui aurait pu les envelopper.