L'appartement témoin

Tatiana de Rosnay

Mitigée j’étais en plongeant dans la lecture de ce premier roman de Tatiana de Rosnay (1992) réédité en 2017 en version poche, mitigée je reste en le refermant.

Pour la première fois depuis longtemps, un doute m’envahit : ai-je vraiment compris l’histoire, ou du moins le message de l’auteur ? Pas sûre !

L'histoire :

À l’aube de la soixantaine, un homme divorcé depuis plusieurs années fait l’acquisition sur un coup de cœur d’un loft neuf situé Rive gauche à Paris. En dehors de Camille, sa fille adorée de dix-neuf ans, belle et intelligente, qui le rejoint chaque weekend, sa vie ne compte rien d'extasiant et son métier est plutôt ennuyant. C’est alors que – fraîchement installé dans son nouveau chez-lui – régulièrement et durant la nuit, il entend et voit une pianiste et chanteuse de musique classique, ainsi que sa petite fille assise à ses pieds. Ces visions troublantes et la beauté de la musicienne l’obsèdent peu à peu ; il décide sans attendre de percer le mystère en partant sur les traces des fantômes de ses nuits.

Mon avis:

OK, il y a un potentiel certain dans l’intrigue, et le décor est planté. On attend alors qu'un tel sujet soit maîtrisé et correctement écrit. Mais à la lecture des premières pages, l’on peine à attribuer au roman un style, une catégorie, voire un sens, tant le tout a bien du mal à tenir debout. L’on ne comprend pas vraiment ce que viennent faire les fantômes de cette mère et sa fille dans cet appartement neuf, jamais habité, même une fois découvert le pourquoi du comment… Ladite explication est peu convaincante, mais pourquoi pas. À ce stade, je me souviens avoir pensé que l’écriture simple mais fluide et agréable de l’auteur pouvait finalement « sauver » l’histoire, et que l’on ne demandait qu’à lire ! Mais si dans la première partie, le lecteur est en haleine et veut lui aussi comprendre, se demande « Qui ? », « Pourquoi ? », il tombe malheureusement bien vite dans l’absurde et l’incongru. La quête folle de cet homme, dont nous ne connaitrons jamais ne serait-ce que le prénom, est irrationnelle.

Comment peut-on tomber amoureux d’une image sur papier glacé ? Et tout plaquer pour enchaîner les envols d’une ville à l’autre, entre les États-Unis et l’Europe… à la recherche de… de quoi, de qui, d’ailleurs ?

Bref, l'acharnement du protagoniste est pour moi inutile et saugrenu.

À chaque chapitre (tour à tour à la première et à la troisième personne du singulier), j’ai espéré moi aussi des réponses, une avancée concrète dans l’intrigue, mais rien ! Redondances et longueurs.

 

Cependant, et contrairement à la majorité des critiques que j’ai pu lire sur ledit roman et que je rejoins quant à l’énormité de l’intrigue, mon avis diverge sur un point : je trouve la seconde partie du roman mieux écrite, plus intéressante et documentée que la première. Je suppose que c’est tout simplement grâce aux voyages dans lesquels l’auteur nous emmène. Paris, New-York, Londres, Venise ! Les descriptions sont réussies et la globetrotteuse que je suis a été séduite. De plus, la psychose dans laquelle entre véritablement le protagoniste continue de maintenir le lecteur dans le suspens, l’expectative ; il va se passer quelque chose, c’est sûr !

Alors, je me suis accrochée, ai rêvé, ai visité chaque ville, quartier, rue, dans l’espoir de trouver dans – ou entre – les lignes, une révélation, une explication non pas forcément concrète (c’est aussi le pouvoir et l’intérêt de l’évasion au travers des livres) mais au moins vraisemblable. Raté !

 

Je ne dirais donc pas que tout est à « jeter » car le style de Tatiana de Rosnay mérite une certaine attention. Les personnages sont, de plus, intéressants, bien décrits et réalistes, tout comme les lieux dans lesquels le héros nous embarque dans la deuxième partie. Mais il s’agit davantage d’un récit délirant et majoritairement incohérent, que d’un bon livre !

Je ne sais pas si c'est finalement lié au fait que L’appartement témoin est un premier roman, mais l’intrigue abracadabrante et peu aboutie reste pour moi mal exploitée.

Certes l’on retrouve déjà ici l’atmosphère propre à l’auteur*, cette ambiance secrète et mystérieuse, voire anxiogène, mais le tout reste décevant.   

Que dire alors de la fin ? Si ce n’est qu’elle nous laisse sur notre faim !

 

J’ai comme l’impression d’être carrément passée à côté du sujet… mais au final, je me demande s’il y a vraiment quelque chose à comprendre !

*Retrouvez ma critique d'un autre roman de cet auteur Le voisin.