Juste avant le bonheur

Agnès Ledig

C’est le premier roman d’Agnès Ledig que j’ai lu.

Dès les premières pages, j’ai aimé son style, sa plume fraîche et fluide, ses tournures de phrases. Le texte est aéré, la lecture est agréable.

Un histoire contemporaine dans laquelle j’ai plongé immédiatement.

Mais ensuite...

L'histoire :

Julie, caissière dans un supermarché, élève seule son petit Lulu de 3 ans, l’amour de sa vie, et peine à joindre les deux bouts. Le destin met sur sa route Paul Moissac, un homme plus vieux qu’elle que sa femme vient de quitter. Touché par la situation difficile de la jeune maman, il les invite, elle et son petit garçon, dans sa maison au bord de la mer, en Bretagne. Julie ne croit pourtant plus en la gentillesse, en la générosité humaine, mais accepte pour offrir à Lulu de belles vacances, tout en restant méfiante sur les possibles arrière-pensées de son hôte.

Mon avis:

Le fils de Paul, Jérôme, fait lui aussi partie du package et complique rapidement les vacances de Julie et son fils. Ce médecin au bord de la dépression est désagréable et ne sourit plus ; en fait terriblement malheureux depuis le suicide de son épouse. Alors, le lecteur comprend que cette improbable tribu, sous l’influence de l’air marin ravigotant, va apprendre à se côtoyer, se parler, se respecter, et peut-être même se rapprocher. L’auteur nous aspire dans le tourbillon de la vie, ses épreuves, ses tristesses, ses joies simples mais terriblement sincères. L’histoire se déroule gentiment, avec rythme et réalisme, malgré un côté « réchauffé », tout de même. Bon, jusque-là, ça va encore, on y croit !

Puis, l’on s’enfonce peu à peu dans les clichés et la mièvrerie (je tairai une scène en particulier entre Jérôme et Julie, absurde et qui n’a pour moi pas sa place dans l’histoire, ou encore une relation invraisemblable entre Paul et… je vous laisse la découvrir) jusqu’à la bascule au milieu du roman à laquelle perso, je ne m’attendais pas.

Séquence émotion, soit ! J'ai versé ma larme (c'est tout moi, ça !), OK ! Mais ensuite, j’ai peiné à raccrocher au récit une crédibilité dans les propos et les sentiments des personnages. L’histoire prend une tournure quelque peu… improbable, et franchement, c’est vraiment dommage ! L’on assiste à quelques leçon de psychologie, ou comment positiver dans la vie, quoi qu’il advienne ?

Je ne peux cependant que reconnaître le talent d’Agnès Ledig dans l’écriture et il est vrai que ce livre se lit tout seul. Je lui reproche néanmoins une seconde partie – violente et tragique, mais c’est voulu – dérangeante et mal exploitée, nous propulsant vers un dénouement stéréotypé décevant.

Finalement, n’y aurait-il pas pour le lecteur – ou l'auteur – une vision plus thérapeutique que littéraire au travers de ces lignes ? Alors, comment doit-on interpréter tout ça ?

 

Je reste sur une impression mitigée et pense qu’Agnès Ledig peut mieux faire, à condition que le message positif empli d’espoir qu’elle souhaite véhiculer ne soit pas terni par la facilité déconcertante de chacun à se relever des pires épreuves de la vie et à trouver le bonheur bien trop miraculeusement à mon goût.