Histoire du fils

Marie-Hélène Lafon

 

Prix Renaudot 2020, Histoire du fils est le onzième opus de l’écrivaine et agrégée française, née dans le Cantal en 1962, de parents paysans. Une histoire courte se déroulant néanmoins sur un siècle et racontant la famille, les vides et les absences. Du style, du talent, mais aussi quelque chose de plus confus, voire décevant. Sentiment mitigé.

L'histoire :

Entre le Lot, le Cantal et Paris, de 1908 à 2008, c’est l’histoire d’une famille, de ses générations, de ses affres et enchantements, autour du fils. Des fils.

Mon avis:

Je pourrais, pour vous décrire l’histoire, vous présenter le synopsis tel que l’auteur l’inscrit en quatrième de couverture. Cela donnerait ceci : André, fils de Gabrielle et de père inconnu, est élevé au milieu de ses cousines par sa tante Hélène, la sœur de Gabrielle, et son mari Léon. Soit, me direz-vous, jusque-là, tout est limpide. Mais pour moi, ces quelques lignes ne sont pas représentatives du contenu du livre. Marie-Hélène Lafon choisit dès les premiers mots de perturber le lecteur qui n’aura de cesse de chercher André, ou Gabrielle, ou Hélène… Ou un quelconque lien à l’un d’entre eux, pour pénétrer enfin l’histoire et tenter de se repérer. Le lecteur est en quête de signes, d’indices pour se situer, ou dirons-nous, pour mieux comprendre, puisque l’articulation initiale du roman plante déjà le décor (ça, on l’a bien compris) : un déroulement généalogique dans une chronologie en va-et-vient.

Il faut en effet attendre le troisième chapitre pour y trouver André, Gabrielle, Hélène et Léon, sans pour autant faire un lien direct avec les deux précédents. Ça part mal !

Il est alors difficile d’entrer pleinement dans cette famille, que l’on suppose être la même, oui, mais au moyen de quels liens, exactement ?

Le premier chapitre démarre en 1908. Puis, tour à tour, l’on fait des bonds dans le temps : 1919, 1950, 1934, 1923, 1935, etc. Il faut être concentré pour se réapproprier l’époque, les situations et les protagonistes, d’autant qu’une cascade de prénoms perd le lecteur dès le début, ce jusqu’à la fin, entraînant un certain nombre de confusions. La lecture manque alors de fluidité et c’est franchement dommage.

 

Du talent, l’auteur en a. Sa place dans le paysage littéraire français est incontestable, au vu du style singulier de son écriture. Brute mais profonde. Ordinaire et réaliste. Elle brosse, certes efficacement, une galerie de portraits aux descriptions minutieuses, mais trop rapidement dépeints, parfois survolés. Le milieu rural des années d’avant-guerre, puis d’après-guerre ; la vie dans les campagnes du Lot et du Cantal, puis à la ville, la capitale ; les parfums, les émotions… tout est maîtrisé, mais aux dépens de l’intrigue et d’une clarté pourtant essentielle dans ce type de saga familiale.  

 

Il est tout de même question d’un noyau central (mais l’on ne le comprend pas immédiatement) autour d’André. Une mère intermittente, passant pour lors en second, voire en troisième plan. La mystérieuse. La Parisienne « efficace », qui apparaît, disparaît, réapparaît. Un père absent, son fantôme planant au-dessus de tout le roman. Des relations fraternelles amputées. L’on vit dans ce roman l’éloignement, les ombres et le silence. Mais l’on y découvre aussi une formidable famille de substitution, de cœur. Un entourage d’amour, de douceur, d’affection. La famille est au cœur des écrits, ses évènements heureux, son quotidien ordinaire, son bonheur et ses peines.

 

Difficile de décrire ce roman qui a tous les atouts pour vous emporter dans les méandres de cette généalogie, mais dont l'écriture galvaude le sujet. L'auteur en fait peut-être trop… ou pas assez.

Sans en dévoiler davantage, je regrette que le personnage de Paul Lachalme ne soit pas plus développé. Que certaines situations, telle ses années d’internat au lycée de garçons, ne soient pas plus exploitées. Tout comme les suppositions de sa collaboration durant la guerre, ou encore l’engagement du fils dans la résistance. Enfin, que la quête du père de ce dernier, puisqu’il s’agit bien de cela, ne soit pas suffisamment approfondie. Car le lecteur sent bien le besoin du protagoniste de le connaître, ainsi que la peur concomitante et insaisissable de ne pas savoir.

 

Un certain talent, disais-je. Certes. Une écriture soignée bien qu’un peu déroutante (beaucoup de phrases sans aucune virgule ou structure, beaucoup d’adjectifs), mais un récit mettant en scènes beaucoup (trop) de personnages, esquissés avec un tantinet (trop) de légèreté, au regard du sujet.

Il manque dans ce roman une pointe non pas de fantaisie – l’histoire étant somme toute plutôt ordinaire –, mais d’originalité, de saveur, pour sortir le récit d’une certaine forme de platitude.

 

C’est sur un drôle de sentiment que je referme le livre. Une impression d’être restée en surface.