Convertie

Marie d'Auzon

Roman autobiographique publié en 2008, Convertie raconte en 219 pages (très court) huit ans de la vie de son auteur, ces années où la jeune Marie est devenue musulmane.

Le sujet me touche, m’intrigue, parce que j’ai toujours voulu comprendre comment et pourquoi l’on pouvait se convertir à l’islam. Le livre m’a apporté des réponses.

L'histoire :

À un moment de sa vie où elle se perd totalement – entre abus d’alcool, de drogues et désespoir –, Marie, vingt ans, veut rompre avec ce qu’elle est devenue et offrir à sa vie une voie salvatrice pour devenir quelqu’un de bien. C’est la lecture d’un livre sur l’islam, prêté par le meilleur ami de sa sœur qui suffit en une nuit de 1998 à la propulser vers la religion musulmane, comme une révélation spirituelle, l’appel à une foi sincère et libératrice.

Mon avis:

Soucieuse, régulièrement, de diversifier mes lectures pour sortir du roman « feel-good », ce livre – prêté par une amie – m’a réellement attirée. Le titre, la couverture, le résumé… du déjà vu, déjà lu, certes, mais une histoire vraie qui attisait une fois encore ma curiosité, mon avidité d’en savoir plus.

Une courte mais explicite note de l’éditeur en début de livre nous met en garde contre toute confusion possible entre « les musulmans et les personnages violents que Marie d’Auzon a croisés dans ce récit. » Il s’agit bien ici d’une « expérience singulière et unique », d’un « témoignage personnel et intime ». Ainsi, le lecteur saisit déjà la complexité du thème et la dangerosité des messages qu’il véhicule de nos jours. Il ne s’agit donc pas d’un texte contre la religion islamique ou ses pratiques quotidiennes, mais bien de la confession bouleversante d’une jeune fille perdue qui décide de prendre sa vie en main au moyen de convictions tout à fait louables.

 

Je suis rentrée dans le récit avec une grande facilité car l’écriture est fluide, le texte articulé en une succession de petits paragraphes qui bizarrement (parce que le style n’est pas banal) l’aèrent et le rendent agréable à lire. Ladite lecture est donc rapide ; pour ma part, elle s’est effectuée d’une traite.

Mais ce qui frappe davantage c’est la vitesse à laquelle se déroule l’histoire. L’on va à l’essentiel, chaque mot est à sa place, sonne et résonne avec justesse. Les phrases sont courtes et s’enchaînent à un rythme rapide mais équilibré. C’est aussi et surtout parce que tout se passe vite, dans la vie de Marie ! La conversion dans une cave, le mariage avec Karim, cet homme croisé trois fois, le premier enfant, le départ pour le Sénégal où Marie, rebaptisée Nejma, et son mari se rendent pour étudier la religion, vivre dans une école coranique et suivre les préceptes d’Allah. « J’ai l’impression que quelque chose de grand m’attend. »

Et puis, leur vie là-bas, en vase clos, dans une maison au sein d’autres français convertis. Un mari de plus en plus absent pour aller prêcher l’islam dans les villages, pas ou peu de contacts avec l’extérieur, si ce n’est lors des sorties à la mosquée, la solitude, les relations méfiantes et compliquées avec les autres femmes de la maison (toutes épouses du chef des lieux, Cheikh, un vieil imam sénégalais adulé et forcément craint), le début d’une vie plus que rudimentaire… si loin de ce que Nejma envisageait, si loin de ce qu’a toujours représenté l’islam pour elle. Elle se laisse dire qu’elle n’est pas là « pour vivre, mais pour mourir. Pour devenir quelqu’un d’autre. […] Pour Être, enfin. »

Au travers des phrases et sections courtes qui se suivent, le lecteur saisit l’urgence, le danger, la violence. Le récit s’articule autour des cinq prières qui égrainent chaque journée et s’inscrivent entre chaque paragraphe pour marquer les repères temporels, ainsi que le poids et la place de ces rites à accomplir plusieurs fois par jour.

Nejma se berce encore d’illusions, veut croire en ce que la religion lui apportera. N’a de cesse d’être une bonne musulmane, pieuse, sérieuse, soumise. Pour elle l’islam reste le seul moyen d’accéder au bien-être et au bonheur. La promesse d’une existence dans la paix, tournée vers la communauté et non l’individualité.

 

Mais c’est bien l’enfer que vit bientôt la jeune convertie.

D’humiliations en insultes, d’interdictions en menaces, les conditions de vie sont insupportables, l’hypocrisie et les mensonges qui habitent les lieux font peu à peu réaliser à Marie qu’elle s’est trompée. Elle espérait trouver le chemin de la spiritualité, être guidée, accompagnée, mais elle ne vit que brutalité et tyrannie. Est jugée, épiée dans chaque mouvement. Tout ce qu’elle dit, fait ou entreprend est considéré comme un signe du diable et donc de faiblesse pour elle. Rien de ce qu’elle est ou représente ne convient.

Au bout de six mois, elle parvient à s’échapper de l’endroit maudit pour s’installer dans l’une des chambres de la mosquée, y pratiquer la religion et s’en nourrir dans ce qu’elle a de plus profondément respectueux, de plus beau. Elle y croit encore. Elle vivra là pendant une année avec son fils et sa toute jeune fille, avant de réaliser que tous ceux qui l’entourent ne sont que manipulateurs et menteurs, comparables aux gourous de sectes usant des pires pratiques pour affaiblir et détruire.

 

Des écrits violents mais sobres. Effrayants mais réalistes. Pas de pathos. Pas de complaintes, malgré la dureté des situations vécues. Perpétuellement guidée par une foi inébranlable et somme toute respectable, à aucun moment la narratrice ne remet en cause les principes de l’islam dans ce qu’ils ont de plus estimables.

Ce qui glace le sang, ce sont les violences, abus, excès et incohérences de ceux qui prétendent être l’exemple et conduire leurs disciples vers une foi juste et belle.

 

Intéressant et bien écrit. Bravo !