Breaking Bad - Du pur génie ! 

Que je vous le dise tout de suite, il est évident que cette série américaine de Vince Gilligan créée en 2008 représente – à la base et si l'on s'en tient au synopsis – tout ce que je déteste, et est à l'opposé de ce que je regarde en temps normal.

Le décor : le milieu de la drogue, sa consommation, son deal et très vite (la totale!) sa fabrication !

L'histoire : un prof de chimie, américain de la classe moyenne, Walter White, se découvre gravement malade et se lance dans un trafic de méthamphétamine, avec laboratoire de fortune, assistant junky (Jesse Pinkman) que l'on prend en affection (incroyable, mais vrai), et tout le tralala ! Un seul objectif pour lui – seule priorité – : gagner assez d'argent pour mettre à l'abri sa famille dans le cas où. Son épouse Skyler est enceinte du deuxième, et leur premier, Walter Junior, est handicapé moteur.

Au secours ! Entre la gravité du sujet de fond, l'ambiance qui ne promet pas vraiment de grandes tranches de rire, et la moralité à priori inexistante, d'entrée, je vous l'accorde, ça partait mal ! Si en plus, je vous dis que la violence au cinéma (et ailleurs), ce n'est vraiment pas mon truc, on peut se demander ce qui m'a poussée à découvrir cette série !

Et pourtant !

C'est du génie !

 

Au départ, on ne voit que les motivations aussi poignantes qu’immorales du héros qui se découvre condamné et qui meurt déjà d’ennui dans sa triste vie de prof que personne ne respecte. Au nom de son sens de la famille, des devoirs sacrés qui lui incombent, ses actes illégaux et corrompus nous font monter crescendo dans l’empathie. Si, si !

Jusqu’à la bascule où le noyau familial se fissure, où son beau-frère et flic (pas de bol, vous avouerez !) devient une réelle menace, où ses associés raccrochent face au danger et à la peur... 

Walter se découvre puissant, respecté, et ce qu’il accomplit est jouissif.

Il passe jusqu'à la dernière saison du diabolisme à la décadence et nous, spectateurs torturés d'une intrigue haletante, assistons à un feu d'artifice de rebondissements.

Quel ascenseur émotionnel !

Quel talent !

Jusqu'au bout et dans le révoltant désastre (dont il est seul responsable) que devient sa vie, Walter met tout en œuvre pour parvenir à léguer aux siens ce qu’il a réussi à sauver du marasme. Et ce sentiment qu’il fait ce qu’il faut, au nom des valeurs, des obligations morales et financières pour sa famille, nous fait osciller entre réelle compassion et nausée profonde !

 

C’est l’histoire d’un mari et père aimant, un gars bien sans histoires, qui se perd dans les bas-fonds de la violence et du danger. Rendu fou par cupidité, effroyable par volition extrême. Le spectateur modifie son jugement au rythme des saisons et assiste avec effroi au décrochage familial et social du héros, sa descente aux enfers, la naissance d’un monstre pris dans l’engrenage d’une cupidité sans limites, pourtant motivée par l'amour et la dévotion.  

 

Le scénario (les répliques mêlent humour, finesse et dérision), la bande son (musiques extras et bruitage d'une qualité exceptionnelle), les images, les couleurs, les décors (le choix de l'état du Nouveau Mexique et ses paysages dorés de désert y sont bien sûr pour beaucoup), les prises de vue de la caméra au fond d’un coffre, d’un bidon d'essence, d’un trou au milieu du désert ou que sais-je encore ! L’excellence du jeu des acteurs, tous sans exception...

Tout est bluffant !

Magistral !

Et si c’était nous, jusqu’où irions-nous ? Par quoi nous laisserions nous guider?