Black Mirror - Stupéfiant ! 

Série télévisée britannique, créée par Charlie Brooker en 2011, qui propose aujourd'hui cinq saisons de trois à six épisodes chacune.

Étonnante ? Décalée ?

Non ! C'est plus que ça ! Cette série est carrément dérangeante, et c'est pour ça qu'elle nous scotche, au sens propre et figuré.

Chaque épisode est indépendant et déroule une histoire singulière, avec un début, une fin, des acteurs différents à chaque fois. Mais une chose reste pourtant le fil conducteur de la première à la dernière saison : la représentation, sous des angles aussi originaux que dangereux, de notre avenir par la mise en oeuvre d'une technologie qui nous happe, dicte nos vies, nos modes de pensées, nous piège et nous enferme. Et si notre futur proche s'inscrivait dans une fiction aussi imaginaire que réelle, une vie contrôlée par le pouvoir de dirigeants despotiques à laquelle il nous serait impossible d'échapper ? Et surtout : si nous étions à deux doigts de tomber de manière irréversible dans un tel système? Des écrans partout, du numérique, une technologie ultra poussée pour un monde ultra moderne ; n'est-ce pas vers ça que l'on tend ?

Black Mirror choque par son audace et, dans ce registre, n'est pas sans rappeler la célèbre et très avant-gardiste Quatrième Dimension (1959) qui surprenait le téléspectateur par la chute inattendue de chaque histoire. La différence notoire étant qu'à l'époque, la série américaine nous plongeait dans une science-fiction qui restait fiction.

Black Mirror bouscule, nous oblige à réfléchir et surtout, nous fait flipper ! Personnellement, certains épisodes m'ont clairement filé la nausée, les dénouements étant parfois très violents psychologiquement. Les sujets abordés sont, entre autres, la dépendance, l'addiction, le voyeurisme, la télé-réalité et les frontières justement invisibles entre la télévision et la réalité, le pouvoir et l'influence des médias, des réseaux sociaux, de la publicité sur l'opinion publique, les rapports entre l'Homme et la technologie qui ne cesse de repousser ses limites, sa dangerosité...

 

Une satire anthropologique sociale et politique ultra critique dotée d'une réalisation soignée (les images, les musiques, la distribution). Notons que la mise en scène très réaliste d' intrigues pourtant irréelles – pour le moment, mais jusqu'à quand ? – est une belle réussite.

La quintessence de l'absurde, mais aussi et en même temps du vraisemblable, dans ce monde où tout va très (trop) vite et où l'humain n'aura bientôt plus aucune prise sur l'hyperconnexion.   

L'enfermement, l'angoisse, la déroute, les ravages... Le questionnement ! N'est-on pas sur le point de franchir cette frontière invisible du réel pour basculer dans les dérives du monde incontrôlable du numérique ?

 

À voir absolument ! À réfléchir sérieusement !